mardi 22 juillet 2008

Trichet décrypté

Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), est le « gardien » de l’inflation qui est la « hausse généralisée et durable du niveau général des prix ».

Au mois de juin 2008, le taux d’inflation en zone euro a atteint 4% en rythme annuel, soit le double de la limite maximale souhaitée par la BCE.

Cette inflation a pour principale origine l’augmentation des prix de l’énergie, des matières premières et des produits alimentaires.

Un des effets de l’inflation est la perte de pouvoir d’achat de la monnaie. C’est-à-dire qu’à l’instant t avec 10 euros on pouvait acheter 10 litres de carburant et en t+1, avec ce même montant, on en obtient plus que 8 litres par exemple. Ainsi, un revenu monétaire donné ne permet plus d’acheter le même panier de biens et services qu’auparavant. L’inflation réduit le revenu réel (le pouvoir d’achat).

Dans ces conditions, il est normal que les salariés veuillent maintenir leur pouvoir d’achat et demandent des hausses de salaires.

Monsieur Trichet n’est pas d’accord et il met en garde contre les effets de « second tour ». Selon lui, si les entreprises accordent des hausses de salaires, cela va augmenter leurs coûts et elles vont répercuter cette augmentation sur le prix de vente des biens et services qu’elles produisent. Ainsi peut s’enclencher une spirale inflationniste par les coûts car les salariés demanderont alors une nouvelle hausse des salaires qui sera répercutée sur les prix… et ainsi de suite.

Pour éviter d’entrer dans ce cercle « vicieux », Monsieur Trichet nous dit qu’il est urgent de ne rien faire et surtout de ne pas augmenter les salaires car « nous serons revenus à la stabilité des prix selon notre définition, disons dans une période de l’ordre de dix-huit mois » (Le Figaro).

En d’autres termes, cela signifie que les salariés doivent accepter une baisse de leur pouvoir d’achat d’au moins 6 % sur 18 mois (si l’inflation reste au rythme actuel) en attendant des jours meilleurs. Dans ce cas, la charge de l’inflation repose uniquement sur les salariés ainsi que sur les titulaires de revenus sociaux, sur les retraités…

Une possibilité, ignorée par Monsieur Trichet serait de faire supporter la charge de l’inflation aux entreprises en augmentant les salaires sans pour autant qu’elles rehaussent leurs prix de vente. Il suffirait qu’elles réduisent leurs marges et par là-même leurs profits. Dans ces conditions les augmentations des salaires n’auraient pas d’effet de « second tour » sur l’inflation.

Evidemment ce scénario n’est pas du goût des entreprises soumises aux exigences du capitalisme financiarisé (de la Bourse…) en matière de niveau de profit. D’ailleurs, elles sont prêtes à brandir la menace de la délocalisation pour éviter toute velléité de mise en œuvre dudit scénario.

Un autre effet de l’inflation s’opère au bénéfice des emprunteurs et au détriment des créanciers. Les emprunteurs remboursent leurs créanciers en monnaie au pouvoir d’achat dévalorisé. En ce sens l’inflation est le cancer du rentier. La seule solution pour ce dernier réside dans une augmentation du taux de l’intérêt des crédits au-delà du taux d’inflation. Dans le cas contraire, le capital du rentier se déprécie. Ce n’est pas dramatique car Keynes disait que la bonne marche du système économique implique l’euthanasie du rentier.

Outre ses recommandations concernant la non indexation des salaires, Monsieur Trichet dispose, pour lutter contre l’inflation, de l’arme du taux directeur de la BCE qui détermine les taux d’intérêt pratiqués par les institutions bancaires et financières européennes. Le 17 juin, la Banque centrale a porté ledit taux directeur de 4 à 4,25% et Monsieur Trichet a laissé entendre que de nouvelles hausses étaient envisageables en cas de persistance de pressions inflationnistes.

La hausse du taux directeur a pour effet le renchérissement du coût du crédit. Ainsi, les entreprises, les particuliers et l’État seront moins enclins à emprunter pour financer leurs dépenses d’investissement ou de consommation. L’effet attendu est une baisse (ou une moindre augmentation) de la demande censée engendrer une baisse (ou une moindre augmentation) des prix. Par exemple, « toutes choses étant égales par ailleurs », si la demande de logements diminue en raison de la hausse des taux d’intérêt, les prix de l’immobilier devraient évoluer à la baisse. De même, le renchérissement du crédit revolving (crédit permanent) devrait peser sur la consommation des ménages et engendrer une détente sur les prix. Enfin, les entreprises ne feront pas certains investissements car les emprunts pour les réaliser coûtent plus cher diminuant d’autant la rentabilité escomptée.

Pour lutter contre l’inflation, il s’agit de déprimer la demande tant de consommation que d’investissement en espérant rendre l’offre excédentaire et détendre ainsi les prix : c’est une politique déflationniste. La diminution de la demande engendre aussi mécaniquement un rétrécissement des marchés des entreprises, ce qui a pour conséquence une baisse de leur activité et plus généralement de la croissance économique.

Le renchérissement du crédit combiné à la baisse du pouvoir d’achat engendré par l’inflation peuvent conduire à la stagnation économique. De plus, il n’est pas sûr que cette politique conduise à une baisse de l’inflation qui, pour une large part, est importée, c’est-à-dire qu’elle émane des prix de l’énergie et des matières premières qui sont déterminés sur les marchés mondiaux. Seules des politiques déflationnistes coordonnées au niveau mondial seraient en mesure de produire l’effet requis. Or, des pays comme les Etats-Unis, la Chine, l’Inde… sont loin de mener des politiques conformes à celle suivie par l’Union Européenne.

Ainsi, la stagnation pourrait cohabiter avec l’inflation, c’est la stagflation. Les années 1970 ont connu des périodes de stagflation que les politiques conjoncturelles keynésiennes (politique budgétaire, politique monétaire,…) de gestion de la demande n’ont pas réussi à dépasser. Cet échec a ouvert la voie au néolibéralisme de Thatcher et Reagan. Il est vrai que dans les années 1970, l’inflation était à deux chiffres car les salaires étaient indexés sur le taux d’inflation. Les effets de « second tour » jouaient à plein, mais le pouvoir d’achat était maintenu. Aujourd’hui, la stagflation inclut un moindre taux d’inflation, mais elle se traduit par l’appauvrissement du plus grand nombre. C’est une stagflation paupérisante.

Le premier type de stagflation a eu raison des politiques keynésiennes et de l’État providence. Cette deuxième version que nous allons vivre, marquera-t-elle la fin du néolibéralisme ?




vendredi 4 juillet 2008

Parc du Château des Arts : moins 2 !

Le 3 et le 4 juillet, deux arbres ont été abattus dans le parc du Château des Arts, propriété du rectorat.





Il s’agit d’un chêne et d’un séquoia. D’après mes sources (non officielles), le chêne « menaçait » de tomber, tandis que le « séquoia était trop proche d’un bâtiment » (préfabriqué).




A mon arrivée le 3 juillet l'entreprise débitait le chêne.


Les deux séquoias.




Le séquoia abattu le 4 juillet



Il est à noter que le séquoia n'a pas été planté près du bâtiment préfabriqué... C'est le bâtiment préfabriqué qui a été "posé" près de l'arbre...






Malus canin

Le déficit budgétaire de la France s’aggrave… Selon l’Union européenne, il pourrait dépasser la limite des 3% du PIB en 2009.

Pour tenter de réduire ce déficit, il est nécessaire d’augmenter les recettes fiscales car la réduction des dépenses a du mal à passer du discours politique à la réalité des faits.

La croissance des recettes fiscales, au-delà de ce que génère mécaniquement la croissance économique dont les prévisions sont régulièrement revues à la baisse, implique un alourdissement des taux d’imposition et/ou la création de nouveaux prélèvements.

La création d’un nouvel impôt se trouve facilitée si elle emporte, dans une certaine mesure, l’adhésion de la population.

L’écologie est un bon prétexte car il s’agit de « sauver la planète » et pourquoi pas par la fiscalité, en application du principe du pollueur-payeur..

Ainsi, la création récente d’un bonus-malus automobile, fondé sur les émissions de CO2, n’a pas trouvé beaucoup de détracteurs. Malheureusement, pour l’instant, le bonus l’emporte sur le malus et représente un coût pour les finances de l’État. Le gouvernement envisage de réagir pour rétablir la situation à son profit.

Mon sens civique me conduit à proposer à notre gouvernement une nouvelle source de recettes fiscales fondée sur le principe du pollueur-payeur : le malus canin. En effet, les trottoirs de nos rues sont souillés par d’innombrables déjections canines polluantes (vue, odeur, chaussures…) qui représentent un coût non négligeable pour la collectivité (moto-crottes…).

La lutte contre la pollution et l’application du principe du pollueur-payeur justifient largement un impôt sur les chiens (un malus).

Sachant que la population canine est estimée à 8 millions (Facco –TNS Sofres 2006), une modeste contribution de 20 euros annuels par animal génèrerait 160 millions de recettes supplémentaires. Evidemment par souci d’équité fiscale, on pourrait moduler le montant de la contribution en fonction du volume des déjections, en considérant que ledit volume est proportionnel à la taille et au poids du chien. Par exemple, le propriétaire d’un Chihuahua (petite cylindrée) paierait 20 euros, celui d’un Labrador (gamme moyenne) 40 euros et celui d’un Saint-Bernard (grosse cylindrée) 80 euros. Dans ce cas, les 200 millions d’euros seraient atteints, voire dépassés.

Un peu d’imagination… Mesdames et Messieurs nos gouvernants !!!



mardi 1 juillet 2008

Quelle Europe ? Mais une Europe du consensus démocratique !

Bernard Conte a dit : « Je me sens profondément européen, mais quelle Europe ? Une Europe à 27, à 50 membres, extensible à l’infini ? » Mais je crois que tout le monde se sent profondément européen, mais faut-il préférer l’absence de construction européenne à une Europe de compromis que l’on ne veut absolument pas ? Le problème de l’extension de l’Europe est surtout institutionnel, la prise de décision ne peut se faire de la même façon à 6 et à 27. L’extension ne pourra se faire à l’infini : il n’y a pas encore 50 Etats en Europe, et les candidatures des pays extra-européens (Maroc, Israël) ont été clairement rejetées. Une Europe au service des populations ? Une Europe au service du capitalisme financiarisé ? Qu’est-ce que cela veut dire précisément quand on sort du langage démagogique à la Besançenot ? Une Europe simplement vassale des Etats-Unis ? Parce qu’elle a été justement incapable de se doter d’instruments autres qu’économiques, et notamment quand la France a refusé en 1954 la Communauté Européenne de Défense qui permettait d’être indépendante des Etats-Unis : on a eu l’OTAN… Une Europe puissance ? Et bien l’enjeu est là et il n’est pas très glamour, les peuples n’en voient pas l’intérêt, alors qu’une Europe puissance gagnerait à tous niveaux, en terme d’indépendance, de marges de manœuvre autonome, de sécurité,…

Avant de vouloir faire « avancer » l’Europe à n’importe quel prix, les populations devraient avoir le choix réel de la trajectoire. Or ce n’est pas le cas, puisque la Constitution a été concoctée par nos élites « éclairées » (à la bougie ?). C’est quoi ? De l’antiparlementarisme ? Le TCE avait été préparé pendant 2 ans par une assemblée composée de représentants de tous les parlements nationaux. C’est quand même cela la démocratie : un compromis. Cette Constitution jetée par la porte du référendum, en France et aux Pays-Bas, est revenue par la fenêtre de l’adoption parlementaire sous la forme du traité de Lisbonne. Heureusement, les électeurs irlandais ont fait le choix du rejet dudit traité. Mais nos élites politiques « bien pensantes » savent ce qui est bon pour les « masses populaires »… et ce Cons-Traité va réapparaître sous un autre déguisement.

Comme tu l’écris : « l’Europe n’avance plus, et qui n’avance plus a de fortes chances de reculer ». Cet argument fait appel au sens commun, comme le font souvent les néolibéraux pour justifier leurs choix : « travailler plus pour gagner plus »… Une telle démarche peut conduire à des absurdités : pour résoudre le problème de la faim dans le Monde, il n’y a qu’à donner des lits aux affamés car « qui dort dîne ! ». Tu caricatures : tu avais bien compris que mon raisonnement se fondait sur des observations historiques : c’est l’Europe des petits pas, mais des pas quand même..

Le « refus » de l’Europe serait le fait de « l’alliance de tous les conservatismes ». Là encore, tu fais appel à un argument facile qu’emploient les tenants de la « pensée unique ». La « vérité », tu nous le dis, est que l’Europe c’est bien, c’est le progrès, c’est le seul choix légitime !

Pour ceux qui oseraient contester cette vérité première, il y a deux options :
- ce sont des ignorants, ils n’ont pas compris, et, dans ce cas, il suffit de leur expliquer, de leur apprendre le catéchisme (néolibéral) ;
- ce sont d’horribles réactionnaires (cons de gauche ou de droite) dont l’avis n’est pas crédible…Peux-tu tout de même envisager que tous ceux qui ne sont pas de ton avis ne sont pas tous d’infâmes néolibéraux ? et qu’entre le noir et le blanc, il peut y avoir tout un camaïeu de grisés ?

Quant aux références aux révolutions françaises, je crois qu’il ne faut pas confondre libéralisme et liberté. Et bien si, historiquement les libéraux le sont dans tous les domaines, économique et politique. Cela mériterait un long débat. Je ferais simplement une allusion à Marx qui distinguait la liberté formelle et la liberté réelle. On n’est plus au temps du bourgeois Marx, et d’ailleurs, qu’avait-il vraiment compris de son temps : la révolution devait survenir en Angleterre…

Enfin, tu écris : « le problème est surtout qu’aujourd’hui, l’Europe me semble dans l’incapacité d’avancer sur le plan politique »… « chacun défend ses intérêts particuliers »… Certes, mais il ne faut pas oublier que la politique recouvre l’économique et le social. Si l’Europe telle que nous la proposent la Constitution et le traité de Lisbonne ne se contentait pas de vouloir mettre en concurrence les pays membres, les systèmes sociaux, les systèmes fiscaux, les salariés… pour aller vers les moins disants, les égoïsmes que tu soulignes, trouveraient un terreau moins fertile au sein des populations.

Dans ce contexte d’égalisation par le bas et de paupérisation du plus grand nombre (sauf pour les riches qui le deviennent encore plus), il apparaît difficile de dégager un consensus, sauf à être kamikaze. L’Europe dans sa construction historique a montré qu’elle était justement le contraire : un espace de sécurité et de développement possible : si non, comment expliquer les extensions successives et les candidatures actuelles ? C’est L’Europe qui a permis à l’Espagne, à L’Irlande, aujourd’hui aux pays d’Europe de l’Est de se développer, dans un mécanisme vertueux où tout le monde est gagnant.



Meiji
Jean-Luc Légeron