jeudi 22 février 2018

On maltraite l’histoire et on prépare la prochaine catastrophe…

 par Willy Wimmer, ancien secrétaire d’État au ministère fédéral allemand de la Défense – N° 4, 19 février 2018 –  Horizons et débats

En Crimée, on trouve de plus en plus de dépouilles de soldats allemands.

Elles ne peuvent pas être inhumées dans le cimetière militaire allemand, d’une beauté éblouissante, près de la ville portuaire de Sébastopol, parce que les autorités compétentes allemandes refusent toute coopération avec les autorités russes.

En s’adressant au Président fédéral allemand, on demeure sans réponse.

  • Que penser d’un pays agissant ainsi envers ses morts en raison de l’actuelle politique de l’OTAN?

Les avertissements se perdent-ils dans le vide ?

Vénérer la mémoire de ses morts relève de la décence la plus élémentaire et de la responsabilité envers le passé et l’avenir. L’histoire du siècle dernier connaît trop d’événements. Rien de cela ne doit tomber dans l’oubli, car d’un tel comportement émergent de nouvelles détresses.

  • Ceci n’est-il pas vrai notamment pour Stalingrad et pour l’immense tribut en vies humaines payé par les habitants au-delà de Brest [front de l’Est, ndt.] suite à l’offensive de l’empire germanique contre l’Union soviétique de l’époque?
  • Pourquoi ne commémore-t-on pas, 75 ans après la fin de la bataille de Stalingrad, les millions de victimes de cette guerre?
  • Pourquoi le gouvernement allemand refuse-t-il de rendre hommage aux victimes?
  • Pourquoi nous laissons-nous à nouveau devenir réfractaires vis-à-vis de la Russie par une politique agressive et hypocrite?

Ceci précisément par ces prétendus alliés n’ayant – avec la guerre contre l’Autriche-Hongrie et contre l’Allemagne impériale de 1914 – rien d’autre en tête que la destruction définitive de l’Allemagne et de la monarchie austro-hongroise.

  • Pourquoi, en Europe, tout le monde parle à nouveau de guerre avec et contre la Russie, alors que nous ferions mieux de nous rappeler que c’était Moscou qui nous a confié la clé pour l’unité nationale de l’Allemagne?
  • Veut-on par tous les moyens éviter qu’on se rende compte de l’immense et presque infranchissable différence entre la souffrance des millions de personnes au-delà de Brest et notre politique actuelle face à ce pays?

La réponse adressée à notre pays par la Russie et son peuple, à tout ce que nous leur avons fait subir, est le désir sincère de vivre en bon voisinage.

  • Bon Dieu, où avons-nous déjà rencontré une telle chose?

Berlin se comporte comme si cette attitude ne la concernait pas. Sur ce point Berlin se comporte très différemment de Bonn

[ancienne capitale de l’Allemagne de l’Ouest].
  • Pourquoi n’imposons-nous pas que la «Charte de Paris pour une nouvelle Europe» signée le 21 novembre 1990 – quelques semaines après la réunification de l’Allemagne – reste le seul document central de la coopération européenne?

Après les atrocités du siècle passé, la guerre devrait être bannie de l’Europe.

Ce sont Bill Clinton en tant que président des États-Unis et sa Secrétaire d’État Madeleine Albright qui ont – par la guerre d’agression contre la Yougoslavie – réinstallé le vieux régime de guerre européen.

Nous devons nous opposer à la guerre

La chronologie des données historiques montre la dimension des activités agressives entreprises contre d’autres États et peuples.
Nous nous en rendons compte en analysant le laps de temps entre le 8 janvier 1918 et juin 1919,
  • c’est-à-dire entre les fameux «14 points» du Président américain Woodrow Wilson,
  • l’armistice de novembre 1918 et le Traité de Versailles.

Sur l’île Britannique et en France, on était bien décidé de détruire l’Allemagne impériale et l’Autriche-Hongrie.

Dernièrement, en janvier 2018, l’actuel commandant en chef britannique [cf. article p. 2] a péroré en public qu’on avait voulu attaquer les Empires centraux déjà en 1912 (et pas seulement en 1914). La destruction totale de l’Allemagne ne fut pas possible.
Il fallut donc créer le Traité de Versailles pour que l’État allemand, un État florissant avant la guerre, puisse être détruit de l’intérieur afin d’atteindre l’objectif militaire planifié de son anéantissement.
Ce n’est que par le Traité de Versailles que des forces infâmes ont pu être mobilisées en Allemagne.
Tout observateur politique objectif reconnaîtra que c’est par un développement similaire – en vue d’atteindre des objectifs stratégiques globaux – que ce mécanisme est utilisé actuellement contre la Fédération de Russie et le gouvernement étatique de Moscou. 

mercredi 21 février 2018

Changement climatique : et si on disait la vérité sur le CO2 ?

"Lorsqu’on dit aux Français la vérité, c’est-à-dire que leur facture d’électricité va s’accroître au moins de 40% du fait des énergies renouvelables, 68% déclarent qu’il faut arrêter leur développement (sondage IFOP)."


 Changement climatique : et si on disait la vérité

Et si on disait la vérité à propos du CO2 : il n’est nullement pollueur, bien au contraire.
Par Christian Gérondeau.1
On pourrait croire, s’agissant d’un domaine qui entraîne pour la collectivité nationale des dépenses qui se chiffrent par dizaines de milliards d’euros chaque année et obèrent lourdement son développement, que la France aurait cherché à se forger sa propre opinion sur le dossier du changement climatique.
Il n’en est rien. 
Sans les soumettre à aucune analyse critique, et en ne donnant la parole qu’aux tenants des thèses officielles, notre pays n’a écouté que les affirmations émanant des Nations-Unies et de leurs prolongements.

Le CO2, mauvais pour la planète ?

Celles-ci nous assurent depuis 30 ans qu’il est prouvé que les émissions de CO2 imputables aux activités humaines bouleversent le climat, et qu’il serait possible de réduire massivement celles-ci.
Notre pays a suivi le syllogisme qui a cours et qui repose sur trois étapes :
  • Les émissions globales de CO2 conduisent la planète et l’humanité à une catastrophe sans précédent.
  • Cette perspective est insupportable.
  • Les moyens de réduire les émissions planétaires de CO2 existent donc nécessairement.
Le raisonnement a toutes les apparences de la logique, mais il est en réalité un sophisme qui mène depuis un quart de siècle l’opinion mondiale et beaucoup de dirigeants sur une voie sans issue.
Car il n’existe aucun moyen de réduire les émissions globales de CO2.
Telle est la conclusion sans appel de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE). Compte tenu des projets des pays en développement, 80% de l’énergie utilisée sur la planète continuera à provenir des hydrocarbures au milieu du présent siècle. Les mêmes rapports de l’AIE montrent que, pour réduire les émissions globales de CO2, il faudrait que les pays pauvres deviennent encore plus pauvres, ce qu’ils refusent évidemment et serait de surcroît moralement inadmissible.
Telle a aussi été la conclusion de la Fondation Nicolas Hulot elle-même à la veille de la Conférence de Paris de 2015 (COP 21), qui a constaté avec effarement que, loin d’être divisées par deux d’ici 2050 comme le demandait le GIEC, les émissions mondiales allaient continuer à augmenter au cours des décennies à venir (Réf. : Fondation Nicolas Hulot : Thermomètre des engagements. 29 octobre 2015).

Émissions de CO2 :  l’avenir entre les mains des pays en voie de développement

C’est que l’avenir en ce domaine n’est plus entre les mains des pays développés. L’Union européenne émet chaque année 3 milliards de tonnes de CO2 sur un total mondial de 34, et c’est là marginal en regard des 3000 milliards présentes dans l’atmosphère.
Même si l’Union européenne supprimait entièrement ses émissions, ce qui est impossible, il n’en résulterait aucun impact significatif sur la masse présente au-dessus du globe à la fin du siècle.
Depuis la Conférence de Paris, les pays en voie de développement qui sont désormais très majoritaires au sein des émissions planétaires, ont certes lancé de grands programmes d’énergies renouvelables.
Mais ils continuent imperturbablement à construire par ailleurs des centrales électriques à charbon ou à gaz par centaines, marché dont l’industrie française s’est retirée à tort, et à développer leurs industries et leurs parcs de véhicules terrestres, maritimes ou aériens qui ne peuvent se passer d’hydrocarbures. Ils veulent en effet avant tout sortir leur population de la pauvreté et bien souvent de la mort elle-même, et ils ont besoin pour cela d’énergie fiable et permanente.
La question se pose alors de savoir pourquoi ces faits incontestables et incontestés ne sont jamais pris en compte par la quasi-totalité des institutions internationales et nationales qui traitent du climat.

jeudi 15 février 2018

Compte pour adulte : tout l’or du monde


Compte pour adulte : tout l’or du monde

Il y a fort longtemps Hector Pailleur, un de mes ancêtres oriégeois, s’était procuré – on ne sait de quelle manière – des pièces d’or représentant, au total, un kilo (1000 g) d’or fin.
Sur la base de cet or, il eut l’idée d’accorder des prêts moyennant un taux d’intérêt de 5 pour cent l’an. Au bout d’un an, Hector Pailleur avait en sa possession 1000 + (1000 x 0,05) = 1000 (1+0,05) = 1050 grammes d’or qu’il prêta à nouveau l’année suivante, à la fin de laquelle, il se retrouva avec 1050 + (1050 x 0,05) = 1050 (1+0,05) = [1000 (1+0,05)] (1+0,05) = 1000 (1+0,05)² = 1102,5 grammes d’or. Etc.
Les descendants d’Hector continuèrent le « business », moins pénible que le labour, et qui s’apparentait à une poule aux œufs d’or.
Aujourd’hui, 386 ans plus tard, au bout de 19 générations, la descendance est en possession de 150 000 tonnes d’or, c’est-à-dire le montant total extrait de la terre depuis le début : (1000 (1+0,05)386  = 150 000 000 000 grammes - environ).
Voilà un vrai miracle, mieux que la multiplication des pains ! Les 150 000 tonnes d’or représentent en fait (moins le kilo de départ) les intérêts cumulés. Intérêts cumulés encaissés par la lignée d’Hector Pailleur et payés par des générations d’emprunteurs.
Le jeu des intérêts cumulés aboutit à concentrer la richesse entre quelques mains. Ce processus s’accélère dans le temps et conduit inévitablement à des inégalités de plus en plus criantes. La monopolisation croissante de la richesse n’est pas durable. Une « redistribution » s’impose à intervalles réguliers quand la situation devient intenable. Les monopoleurs le savent. Ils s’arrangent pour que ladite redistribution soit plus virtuelle que réelle, pour qu’elle ne soit pas durable et qu’elle préserve leurs intérêts futurs.

Quel est l’intérêt des monopoleurs ? Quel est l’intérêt de l’intérêt ? La dette étant, dans une très large mesure, le fruit des intérêts composés, faut-il la payer ? Faut-il la répudier ?
Bernard Conte

Alain Planche se souvient de Michel Zerbato

L'amitié de Michel était foisonnante. Curieux de tout, ses centres d'intérêt étaient très divers, et son intelligence était presque aussi pratique que théorique. Mais ce qui nous a rapprochés, au début de notre amitié, c'est le goût de l'abstraction et la recherche de rigueur dans les raisonnements . Son intérêt pour les mathématiques et les statistiques l'ont conduit, pour mieux comprendre ces matières ordinairement rebutantes, à faire des travaux dirigés avec moi pendant plusieurs années alors que cela lui demandait beaucoup de travail. Il voulait comprendre, c'était son obsession.

Bien sûr, son centre principal d'intérêt c'était l'économie et il se rangeait dans les disciples de Karl Marx. Mais là aussi, il ne se contentait pas d'être un très fin analyste des travaux de Marx. Dans les années 1980, il a intégré le séminaire DECTA III, fondé par Frédéric Poulon et s'est littéralement plongé dans les œuvres de Keynes jusqu'à en acquérir la connaissance intime que peut avoir un spécialiste.

Même s'il ne partageait pas complétement les idées de Keynes, il respectait sa démarche scientifique, ce qui pourrait expliquer son investissement dans l'étude de l’œuvre du maître mais seuls son insatiable curiosité et son goût de la controverse sérieuse peuvent expliquer qu'il soit également devenu a fil des années un spécialiste incollable des théories néoclassiques .Bien qu'il n'ait pas publié beaucoup au regard des règles académiques, il était une encyclopédie vivante de la science économique.

Mais il n'était pas seulement un théoricien, c'était un ami attachant. Sa spontanéité le conduisait parfois à s'énerver au cours des discussions mais il n'avait aucune méchanceté, sauf, peut-être, contre ceux dont il considérait que leurs analyses n'étaient pas sérieuses Il était en tout cas très fidèle en amitié. Je ne l'oublierai pas.
 
Alain Planche

mercredi 14 février 2018

Hommage à Michel ZERBATO



Hommage à Michel Zerbato


Michel : un exemple d’intégration réussie
Né en 1947, Michel est un enfant d'immigrés italiens venus s'installer dans le Lot et Garonne.
Il faisait partie de ces enfants dits "précoces". Entré à l'école communale à 4 ans en ne sachant parler que l'italien, il  entre au collège à 10 ans, puis passe avec succès le baccalauréat à l'aube de ses 17 ans. 
Ses parents le trouvant trop jeune (à 17 ans) pour être lâché seul à l'Université de Bordeaux, ils l'envoient en pensionnat à Agen où il obtient un BTS de comptabilité.
Deux ans plus tard, il rejoint l'Université.
Au départ Michel pensait devenir Expert-Comptable, mais il bifurque vers les Sciences Economiques. Comme le dit Michel Cabannes : « Le choix de l’économie était pour lui un moyen de comprendre les ressorts fondamentaux de la société et les bases des injustices sociales auxquelles il était très attentif. C’était un vrai intellectuel qui prenait plaisir aux discussions pouvant faire progresser la connaissance des mécanismes de la vie sociale ». Michel ne quittera plus l’université de Bordeaux.

Sa carrière dans l’enseignement
Assistant après son DES, il soutiendra par la suite une thèse de doctorat d’État en sciences économiques et deviendra Maître de conférences. Au cours de sa carrière, Michel enseignera la macroéconomie (il publie en 1996 un manuel : Macroéconomie élémentaire), la microéconomie, les statistiques, …

Michel, un chercheur isolé dans un univers dominé par la pensée unique
« Inspiré principalement par l’approche économique de Marx, Michel est pourtant devenu un des meilleurs connaisseurs de Keynes, utilisant chez ce dernier, des apports qui lui paraissaient compatibles avec ceux du premier. Il a mis un soin particulier et même perfectionniste  à l’ouvrage collectif qu’il a dirigé : « Keynésianisme et sortie de crise » [avec les contributions de ses amis : Alain Planche, Michel Cabannes et Daniel Garcia], qui lui tenait beaucoup à cœur. Il a fait de même pour son manuel « Macroéconomie » ». Michel s’est aussi intéressé aux travaux de François Perroux dont il disait qu'il était l’économiste français qui aurait mérité le prix Nobel.
Concernant les équipes de recherche, Michel a participé activement au séminaire Decta III de Frédéric  Poulon qui lui a confié la direction scientifique du séminaire de 1984-1985. Avec la disparition dudit séminaire « esseulé à l'université Michel multiplie les contacts avec les organisations, centres de recherches, et les interventions et conférences s’en suivent ». Plus tard, Michel devient membre de l’équipe du CEAN (Centre d’études d’Afrique noire)  puis du LAM (Laboratoire des Afriques dans le Monde, UMR5115 du CNRS) à Sciences Po Bordeaux.

Michel, un provocateur ?
Michel aimait la discussion et le débat. D’abord parce que cela lui permettait de clarifier ses idées. Ensuite parce qu’un peu (parfois beaucoup) de provocation ne lui déplaisait pas. Daniel Garcia se souvient que : « lors d’une grève des assistants pour leur titularisation début des années 1970 il avait affiché les portraits de Marx, Lénine, Staline et Mao dans la salle de réunion des assistants. Dans une faculté de Droit et des Sciences Economiques ! Fureur des profs ! »
Cette discussion jamais interrompue lui permettait de s’attaquer à l’idéologie dominante, à la philosophie idéaliste et d’identifier les points sur lesquels la critique devait porter, en clair de faire mal.
Il n’a pas épargné grand monde, certains de ses collègues doivent s’en souvenir. Pour Michel un Intellectuel « c’est un homme qui se bat dans la théorie ».

Une « maigre » reconnaissance de la part de l’Université
La structure a horreur des hétérodoxes et fait en sorte de les marginaliser. Malgré tout, l’Université aura un geste (petit) de reconnaissance en le faisant Chevalier des palmes académiques.

Michel un grand sportif
Michel a pratiqué le sport, avant les années 1970, le basket- sport qui était très répandu dans le Lot et Garonne. A partir de 1977 son ami Daniel Garcia l’a entraîné vers le cyclisme. Ensemble, ils ont sillonné tout le sud du département et, en 1978, ils ont fait le Bordeaux-Paris-Randonneur. Ils ont aussi effectué des randonnées en montagne dont la Randonnée des Cols Pyrénéens (Pau -Luchon) avec les 4 grands cols. Avec Daniel Garcia, Michel pratiquera le cyclisme pendant toutes les années 1980 et 1990.
Il fondera un club de cyclo, « les Randonneurs Ossalois » dont il sera le président 39 ans durant.
Pour ses 50 ans il partira de Aas, les Eaux Bonnes, jusqu’au nord de l’Italie dont sa famille est originaire sur un vélo dont il avait fait émailler le cadre aux couleurs du drapeau italien.
Depuis qu’il était retiré à Aas il privilégiait le VTT.
Il était aussi un pratiquant assidu de pétanque dans son village et surtout à Pau. Il jouait encore en janvier lors des quelques jours de beau temps.

Michel un intellectuel bucolique
Michel n’était pas simplement un intellectuel. Ses qualités de bricoleur étaient connues de tous ses amis. À Aas, il cultivait son jardin : tomates dont il faisait du concentré et des confitures, pommes de terre, salades… Chaque année, il revenait chez sa maman pour faire les confits. Il n’hésitait pas non plus à aller « faire du bois » pour alimenter la cheminée l’hiver. En somme, Michel était un intellectuel bien ancré dans ses racines.

Pour nous, ses amis universitaires, Michel va nous manquer à la fois comme personnalité attachante et comme stimulant intellectuel.