mardi 29 septembre 2026

Quels seraient les scénarios d’une crise de la dette française ?

 Publié par Philippe Herlin 24 sept. 2026 

 

L’inquiétude monte autour de la dette française : hausse des taux d’intérêt, creusement du spread avec l’Allemagne, envolée de la charge de la dette, déficit budgétaire massif, paralysie politique… Tous les indicateurs sont au rouge. Soit. Mais essayons de voir plus loin et posons-nous la question : à quoi pourrait concrètement ressembler une crise de la dette française ?

Elle n’est certes pas inévitable, mais sa probabilité augmente dangereusement. Autant envisager les différents scénarios afin de mieux s’y préparer, le cas échéant. Imaginons que les taux d’intérêt sur la dette française explosent, que son refinancement devienne de plus en plus difficile et que les investisseurs s’en détournent : que se passerait-il ?

Historiquement, lorsqu’un pays se retrouve en situation de faillite et veut éviter l’effondrement complet, il peut faire appel au Fonds monétaire international (FMI). L’institution lui apporte alors de l’argent frais en échange d’une sévère cure d’austérité et de réformes structurelles. Mais comme la France est dans l’euro, la Banque centrale européenne (BCE) interviendrait également. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit lors du sauvetage de la Grèce en 2010-2012 : les deux institutions sont intervenues conjointement.

Son appartenance à l’euro donne cependant à la France une sorte de dissuasion du faible au fort. Paris pourrait dire à la BCE : « Aidez-moi, parce que si je fais faillite, c’est toute la zone euro qui explose. » Mais la France ne devrait pas trop jouer à ce jeu-là, car la BCE pourrait lui rétorquer : « Très bien, je n’achète pas votre dette. Et dans quelques mois, vous ne pourrez plus financer normalement les salaires des fonctionnaires, les prestations sociales et les retraites. »

Un plan de renflouement serait-il à prévoir ? C’est peu probable, car il faudrait trouver des centaines de milliards d’euros, que l’Allemagne et les pays bien gérés devraient avancer. Les proportions ne sont en effet pas du tout les mêmes : la dette publique grecque se situait autour de 350 milliards d’euros ; la dette française, c’est dix fois plus, à plus de 3 500 milliards d’euros. Tout juste pourrait-on compter sur un prêt du FMI d’un montant limité.

Une restructuration de la dette — autrement dit, un défaut partiel — serait-elle envisageable, comme pour la Grèce à l’époque, lorsque les banques privées avaient dû accepter une décote de plus de 50 % sur leurs créances ? Rien n’est moins sûr. La dette grecque ne représentait qu’une ligne relativement limitée dans le bilan des grandes banques européennes ; il en va tout autrement de la dette française. Une restructuration pourrait provoquer un effet domino et déstabiliser l’ensemble du système bancaire européen.

Et puis il faudrait renflouer les banques et les compagnies d’assurance françaises, qui détiennent d’importants volumes de dette publique dans leurs bilans — mais avec quel argent ? — tout en limitant probablement les retraits bancaires face à l’inévitable panique qui s’emparerait d’une partie de la population. Enfin, les investisseurs étrangers, notamment hors d’Europe, lésés par ce haircut risqueraient de se détourner de la dette française, voire plus largement des actifs libellés en euros. Une menace que les pays de la zone euro chercheraient à éviter à tout prix.

Ni renflouement massif, ni restructuration : l’ajustement se ferait alors probablement de deux façons. En interne, par un plan d’austérité d’une sévérité jamais vue en France ; à l’extérieur, avec la planche à billets de la BCE, qui achèterait une partie de la dette française dont plus personne ne voudrait plus. Les deux iraient certainement de pair. Il ne serait pas question de simplement monétiser la dette pour permettre à l’État de continuer à dépenser sans douleur : l’Allemagne, mais aussi les autres pays européens excédés par le laxisme budgétaire français, pousseraient la BCE à exiger d’importantes contreparties.

On ne parlerait plus d’indexation des retraites, mais potentiellement de coupes de 20 ou 30 %, et probablement de mesures comparables sur les salaires des fonctionnaires et certaines prestations sociales, auxquelles s’ajouteraient une forte hausse de la TVA et de divers impôts et taxes. Une ponction sur l’épargne, éventuellement présentée sous la forme d’un « emprunt obligatoire », pourrait également être envisagée : ce serait « l’innovation » par rapport au cas grec, l’État ayant immédiatement besoin d’argent frais. Le gouvernement promettrait sans doute un « rattrapage lorsque la situation s’améliorera ». Peu de monde y croirait.

Un vaste programme de privatisations serait également lancé. Pas nécessairement une mauvaise chose en soi, mais la précipitation amènerait à brader les actifs. L’effet récessif de l’ensemble de ces mesures serait considérable et le PIB chuterait brutalement.

En somme, la situation serait pire que celle de la Grèce, qui avait bénéficié de plans d’aide massifs — une centaine de milliards d’euros, soit environ un tiers de sa dette — et a malgré tout subi un effondrement de son PIB. Pour la France, la potion serait particulièrement amère. Et la crise financière et économique se transformerait immédiatement en crise politique majeure, dont il serait bien difficile de prévoir l’issue…

Source :  https://or.fr/actualites/quels-seraient-scenarios-crise-dette-francaise-3756

 L'exemple de la Grèce est édifiant :

Lire : La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe écrit en 2010.

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