Personne n’en a encore parlé, mais anticipons la question. Comme nous sommes plongés dans la campagne pour l’élection présidentielle et que les idées que nous qualifierons d’« originales » commencent à affluer, mieux vaut prendre les devants.

Considérons ainsi celle proposée par Jean-Luc Mélenchon — et également défendue par plusieurs économistes — qui consiste à annuler la portion de la dette de l’État détenue par la Banque centrale européenne (BCE), concrètement par la Banque de France (20% de la dette totale), dans le cadre du Quantitave easing au moment du Covid, mais qui avait commencé avec la crise des subprimes et la crise grecque. Une dette acquise par une Banque de France qui appartient à 100% à l’État. C’est donc, en quelque sorte, de l’argent que l’État se doit à lui-même. En conséquence, d’un point de vue purement comptable, il pourrait être tentant de la supprimer d’un trait de plume — même si la BCE s’y opposerait. La Banque de France enregistrerait alors une perte, mais une banque centrale peut fonctionner avec des capitaux propres négatifs.

Le véritable risque serait ailleurs : la confiance. Car si c’est aussi facile, pourquoi ne pas recommencer ? Créons de nouvelles dettes, faisons-les intégralement acheter par la Banque de France et, dans quelques années, supprimons-les à nouveau ! La planche à billets tournerait alors à plein régime, l’inflation risquerait de s’envoler et les investisseurs étrangers de fuir la dette française, provoquant une explosion des taux d’intérêt.

De là à ce qu’un candidat propose de vendre l’or de la Banque de France pour rembourser — en partie — la dette publique, il n’y a qu’un pas. Alors répondons tout de suite (spoiler : c’est niet).

Il faut rester vigilant. En 2019 nous avions signalé un risque de remise en cause de la sanctuarisation des 2 437 tonnes d’or de la Banque de France par Sylvie Goulard, ancienne ministre propulsée seconde sous-gouverneure, à l’occasion d’un accord signé avec JP Morgan. L’or devait alors être « mobilisé » pour garantir des swaps or contre devises et des opérations de leasing d’or. On n’en parle plus beaucoup depuis, et Sylvie Goulard a quitté l’institution.

Ces 2 437 tonnes d’or valent, au cours actuel, environ 300 milliards d’euros. Soit moins d’un dixième de la dette publique, qui atteint 3 536 milliards d’euros. La vente n’aurait donc qu’un impact limité sur l’endettement total. Rien que cet argument devrait suffire à remiser cette idée aux oubliettes.

Mais d’autres arguments peuvent être avancés. Le gouvernement n’a tout simplement pas le droit de « piocher dans le bilan de la banque centrale pour combler ses déficits. Une telle opération constituerait un financement direct de l'État par l'institut d'émission – l'équivalent moderne de la "planche à billets" –, une pratique strictement interdite par l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne », comme l’explique La Tribune.

En outre, poursuit l’article, « une telle vente serait interprétée par les investisseurs internationaux comme un aveu de détresse financière. La prime de risque française s'envolerait aussitôt sur les marchés obligataires, augmentant le taux des nouvelles adjudications d'OAT et alourdissant d'autant la facture des coupons d'intérêts. » La charge de la dette étranglerait alors encore davantage la France, comme nous l’avons récemment expliqué.

Et nous signons des deux mains la suite de l’article : « l'or physique constitue un actif souverain sans risque de contrepartie. Il ne dépend de la solvabilité d'aucun gouvernement étranger ni d'aucun système bancaire tiers. En période de crise géopolitique majeure, d'hyperinflation ou d'instabilité monétaire globale, le métal précieux demeure l'ultime garantie de dernier ressort reconnue internationalement. Séparer le pays de son patrimoine stratégique détruirait sa signature extérieure et sa réserve d'ultime secours face aux secousses financières mondiales. Vendre l'or de la Banque de France reviendrait en somme à liquider les bijoux de famille pour régler une échéance courante : l'opération ne résoudrait rien au déficit structurel des finances publiques, tout en privant la nation de sa garantie souveraine. »

Bref, une idée aussi stupide que de vendre La Joconde ou la tour Eiffel pour réduire la dette publique. Trouvez autre chose, Mesdames et Messieurs les candidats !

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée à condition qu’elle contienne tous les liens hypertextes et un lien vers la source originale.