mercredi 4 novembre 2026

Comprendre Parcoursup

 

Parcoursup n’est qu’un symptôme (1/2)

J’ai déjà dit ici à plusieurs reprises combien je partageais les revendications du mouvement lycéen et quel mal Jean-Michel Blanquer avait fait à l’école. Mais il ne faut pas tout confondre.

Parcoursup n’est pas le problème, c’est un symptôme. Un symptôme d’un problème qu’on comprend avec un chiffre simple : environ 70% des places disponibles dans l’enseignement supérieur sont sélectives, et seulement 30% sont libres d’accès pour tout bachelier. C’est de là que provient réellement la colère lycéenne : l’idée qu’avoir son bac garantit une place dans l’enseignement supérieur n’est plus vraie du tout, malgré la loi de 1984, toujours en vigueur, qui interdit juridiquement aux Universités de sélectionner leurs bacheliers.

D’où vient ce 70% ? D’abord, la part des formations qui sont sélectives de droit a augmenté : il s’agit des BTS, DUT, classes préparatoires, double-licences, grandes écoles publiques comme l’ENS ou Science-Po, qui sont sélectives depuis des décennies, c’est-à-dire qu’elles regardent les résultats scolaires de leurs élèves avant de les accepter, et offrent en échange une formation gratuite de bonne qualité avec un encadrement bien meilleur qu’à l’Université. Ces formations représentent aujourd’hui un peu moins de 60% des places disponibles.

Reste les licences universitaires non-sélectives, soumises à la loi de 1984. Parmi elles, 25% sont dites « en tension » : le nombre de demandes excède le nombre de places disponibles, elles sont donc sélectives de fait. Il reste donc 75%x40% = 30% de places disponibles qui ne sont pas sélectives du tout, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas le droit de regarder les résultats scolaires : mais elles appliquent quand même d’autres critères !

Lesquels ? C’était le grand enjeu du passage de APB (Admission Post-Bac), qui existait avant 2017, à Parcoursup. Les critiques sur le Grand Méchant Algorithme frisent le ridicule : un algorithme, ce n’est rien d’autre qu’une façon d’organiser de l’information. Quand on a des centaines de milliers de bacheliers qui veulent rejoindre simultanément des milliers de formation, bien sûr qu’on a besoin d’un algorithme, ne serait-ce que pour organiser les affectations. La seule question qui compte est : sur quels critères fonctionne-t-il ?

Je vais aller à l’essentiel : avec le système APB, l’algorithme était national et appliquait successivement un certain nombre de critères pour affecter les étudiants, dans l’ordre : proximité géographique, hiérarchie des voeux de l’étudiant, situation familiale, et en dernier recours… le tirage au sort.

Pourquoi le tirage au sort ? Parce qu’examiner les résultats scolaires est juridiquement interdit, on vient de le dire, et qu’il faut bien départager deux bacheliers quand on a épuisé tous les autres critères et qu’il n’y a toujours pas assez de places. Le nombre d’étudiants concernés était limité chaque année, mais commençait à représenter tout de même plusieurs milliers d’élèves. En septembre, la presse pouvait donc titrer sur « cet élève avec 18 de moyenne qui a été refusé en médecine au profit d’un autre avec 12, en raison du tirage au sort ». Un scandale logique.

Il faut bien l’avoir en tête : le fond du problème, c’est le nombre de places disponibles rapporté au flux de bacheliers annuel. On peut traiter ce problème de plusieurs manières qui sont toutes politiques. La première est de réduire le flux de bachelier, donc de revenir sur l’objectif des « 80% d’une génération au bac », qui a été énoncé en 1987 par le ministère de l’éducation nationale d’alors et a été atteint en 2019 (sur ces 80%, on a une petite moitié de bacheliers généraux et les autres se répartissent entre professionnels et technologiques). Une seconde possibilité est d’augmenter le nombre de places disponibles dans l’enseignement supérieur. La dernière est de gérer la pénurie avec une plateforme qui autorise la prise en compte des résultats de l’élève dans les licences en tension.

Ce que fait vraiment Parcoursup, c’est remplacer un algorithme national basé sur des critères simples, mais qui peuvent être injustes, par une gestion décentralisée où chaque responsable de licence en tension examine (de façon plus ou moins automatisée) les candidatures à partir des notes, et donc sélectionne ses étudiants. La loi ORE de 2018 qui installe Parcoursup autorise d’ailleurs explicitement la sélection sur résultats des licences en tension. Le résultat est un système paradoxal : à la fois plus transparent et plus « à la main » des élèves, car ceux-ci peuvent prendre connaissance des critères d’admission de chaque licence, qui regarde leurs résultats et exigent même dans certains cas de formuler un véritable mini-CV + lettre de motivation. De plus, l’Université est tenue de communiquer ouvertement le nombre de places disponibles, le taux d’accès, le profil des étudiants admis l’année dernière, et les élèves ont en temps réel leur rang dans la file d’attente.

En même temps, le stress est accentué, parce que le nombre de places disponibles est faible par rapport à la demande et que la décentralisation des décisions produit un système beaucoup plus lent : l’ordinateur d’APB centralisait tout, appliquait tous les critères dans l’ordre, c’était assez rapide. Parcoursup est bien plus lent : lors de la phase principale d’admission, chaque élève doit retourner toutes les 48h sur la plateforme pour voir s’il a avancé dans la file d’attente, s’il a reçu des propositions d’admission, qu’il peut accepter, refuser ou conserver en attente, et ainsi de suite pendant des semaines jusqu’à ce que tout le monde ait une place, ou plutôt non : chaque années, environ 10% des lycéens (plusieurs dizaines de milliers en valeur absolue) se retrouvent sans affectation parce que toutes les formations les ont refusé et/ou qu’ils ont fait des demandes irréalistes par rapport à leurs résultats scolaires (NB : le genre d’élèves qui n’écoute pas son professeur principal de terminale). Il leur faut attendre la « phase complémentaire », qui dure tout l’été, et se rabattre sur les places restantes, qu’inévitablement, ils n’ont pas demandé, ce qui laisse augurer un taux d’échec colossal et une frustration certaine ; ou partir vers des formations privées hors-Parcoursup ; ou abandonner leur projet d’études supérieures.

Je le répète : il faudra toujours un algorithme d’affectation et Parcoursup, quoique lent, est objectivement plus juste qu’un système qui conduit au tirage au sort. Seulement, la plateforme n’est qu’une manière de gérer le manque de places. La question de fond est donc de savoir comment on traite cette pénurie, qui devrait d’ailleurs ralentir à mesure que la démographie s’effondre, mais cela peut prendre encore quelques années.

La réponse de la droite est traditionnellement de raréfier le flux de bacheliers en augmentant la sélection précocement, abandonnant donc l’objectif de « 80% d’une génération au bac ». La réponse de la gauche est de dire qu’il faut créer davantage de places dans l’enseignement supérieur pour accueillir tout le monde et sélectionner le moins possible. Ces deux approches procèdent de visions différentes de la place de l’éducation dans la société, du niveau des diplômes, des priorités du budget de l’Etat, de la façon dont on doit accompagner les élèves et même de ce qu’on doit transmettre. Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients. J’y reviendrai dans un prochain post.

Source

 

Parcoursup n’est qu’un symptôme (2/2)

J’ai expliqué précédemment en quoi la plateforme Parcoursup n’était qu’une manière (pas si mauvaise) de gérer la pénurie dans l’enseignement supérieur, pénurie qui est en réalité le vrai sujet. La question est donc de savoir si on a un problème de flux de bacheliers ou de places dans l’enseignement supérieur, ou un mélange des deux, et comment y remédier.

Une explosion du flux de bacheliers

S’agissant du flux de bacheliers, commençons par dire qu’il a explosé. En 1964, au moment où Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron écrivent les Héritiers pour dénoncer les inégalités scolaires, un peu moins de 15% d’une classe d’âge obtient le baccalauréat (avec un taux de réussite de 60%). Peu après apparaît le bac technologique, et 20 ans plus tard le bac professionnel. 1989 est une date clef : pour la première fois, la loi fixe l’objectif de 80% d’une génération au niveau du baccalauréat. Il sera atteint 30 ans plus tard.

En 2026, les 80% représentent presque 700 000 jeunes chaque année. Le taux de réussite moyen de l’examen est de 90%, et même 95% dans la série générale. N’en concluons pas trop vite qu’on le donne à tout le monde : il est facile de le réussir…à condition d’être parvenu jusqu’en terminale. La série générale représentant 55% des élèves, la part d’une génération qui obtient le sésame est en fait de 42% (0.8×0.55), ce qui est assez loin de « tout le monde », tout en étant trois fois plus élevé qu’à l’époque de Bourdieu.

Pourquoi augmenter le niveau d’études

Pourquoi pousser davantage de jeunes à faire une formation plus poussée ? Les raisons qui ont motivé l’objectif des 80% sont légitimes : développer la montée en compétences de la population française dans un monde où les dirigeants anticipaient (à raison) une baisse des besoins en travail peu qualifié, dans une économie mondialisée appelée à être plus compétitive. La révolution IA ne fait que confirmer ce que les économistes disent depuis longtemps : un pays où les conséquences se diffusent trop lentement et où la population manque de « capital humain » (qualifications) ne peut que décliner et subir la domination économique et géopolitique des pays plus avancés. Ce qui est vrai collectivement est vrai individuellement : les plus diplômés ont en moyenne de meilleurs salaires, moins de chômage et une meilleure insertion sur le marché du travail. L’éducation est la mère de toutes les batailles, comme disait l’autre.

Le niveau baisse

Problème : le niveau baisse. Je ne reviendrai pas ici en détail sur ce qui est désormais très largement documenté, que ce soit par des enquêtes nationales (tests de positionnement, dictée nationale de CM2 avec un texte identique depuis 1982 et dont le taux de fautes a augmenté de 80%), ou par les enquêtes internationales, de TIMSS à PIRLS en passant par la célèbre PISA, dont les derniers résultats ont été largement commentés. A quoi on peut ajouter quelque chose de moins objectivé mais qui a de la valeur à mes yeux : les innombrables témoignages des enseignants, du primaire au supérieur, qui relatent la diminution, parfois l’effondrement, des compétences en compréhension de textes complexes, mathématiques, raisonnement, culture générale.

Je ne démêlerai pas non plus l’écheveau des causes :  une récente note du Haut-Commissariat au Plan, reprenant toutes les données connues, recensait pas moins de quatre séries d’hypothèses, toutes mutuellement compatibles : évolution de l’environnement des élèves (rôle des écrans, rapport à l’autorité et au savoir), caractéristiques des enseignants (recrutement, formation, motivation), pratiques pédagogiques (plus ou moins efficaces), programmes scolaires (plus ou moins clairs et adaptés à l’âge des élèves) et enfin organisation du système scolaire (taille des classes, rythme des journées, fréquence des vacances, public vs privé,…).

On a donc ce paradoxe bien connu des enseignants : le niveau de diplôme monte, mais les compétences acquises pour chaque diplôme diminuent. On fait passer des élèves au niveau supérieur, ils obtiennent souvent le diplôme, mais pas les compétences qu’ils sont censés acquérir. Du moins, pas tous. Le taux de réussite n’est pas en cause : un taux de réussite de 95% et même de 100% ne serait nullement un problème si tous les élèves en sortaient avec les compétences nécessaires. Le bac est un examen et non un concours : personne ne s’offusque du taux de réussite au permis de conduire.

Mais voilà : tandis les enquêtes et l’expérience de terrain montrent unanimement une baisse du niveau, le taux de réussite n’a fait que grimper, avec un stupéfiant décalage des notes vers le haut : dans les années 1990, le taux de mention « très bien » au baccalauréat général était de l’ordre de 1%. Les trois-quarts des élèves l’obtenaient sans mention. C’est l’inverse aujourd’hui : 80% ont une mention et 15% obtiennent très bien ! Ce décalage criant fausse les comparaisons dans le temps, puisque la montée en certifications de la population ne signifie plus de façon certaine la montée en compétences.

Dès lors, que faire ?

Deux mauvaises réponses

Il faudrait déjà se débarrasser des approches sans issues. J’en distingue deux : une marquée à droite, une autre à gauche.

La première voie sans issue consiste à dire (sans l’assumer clairement) qu’il faut revenir aux années 1960 : le bac doit être réservé à une élite de 20%, 30 ou 40% d’une classe d’âge, en tout cas beaucoup moins que les 80% actuels. Les élèves les plus fragiles, très souvent issus des classes populaires, doivent donc être réorientés plus tôt en suivant le modèle allemand : dès 11 ans, direction la voie professionnelle. Fini collège unique et pénurie de places dans le supérieur. Parcoursup est sauf, problème réglé.

Je n’ai guère besoin de m’étendre sur l’aversion que m’inspire ce projet. C’est une faute économique : elle réduirait le niveau éducatif moyen des Français à une époque où nous n’avons jamais eu tant besoin d’une population qualifiée. C’est une faute morale : elle procède d’une vision darwinienne de l’éducation qui aggraverait le gouffre déjà béant des inégalités scolaires. C’est une faute scientifique : elle repose sur des préjugés biologisants de type « tout le monde n’est pas fait pour aller jusqu’au bac », sous-entendu c’est d’abord une question de talent, quasiment inné, les conditions matérielles d’études étant évacuées d’un revers de la main, alors qu’elles sont la clef de toute réussite. Avant de savoir si tout le monde n’est pas fait pour aller jusqu’au bac, si on essayait de diminuer un peu les inégalités des chances au primaire ?

A cette stupidité réactionnaire répond une illusion nocive encore ancrée à gauche : celle d’une éducation sans sélection, sans examens et sans pression, presque sans exigences. Même si elle est moins répandue qu’avant, je n’ai pas le sentiment qu’elle ait vraiment disparu. Elle façonne encore nombre de contestations étudiantes, quelques politiques universitaires locales et plusieurs projets politiques pour l’école. Remarquons que cette vision prend très directement racine dans une conception aristocratique de l’éducation : les études sont bonnes en soi, peu importe et même tant mieux si elles n’ont qu’un lointain rapport avec le marché du travail. Flâner quelques années à la fac aux frais du contribuable est pensé comme un rite de passage, presque une vertu. J’insiste sur le caractère bourgeois de cette conception : celui dont les parents n’ont ni réseaux ni capital, a fortiori l’étudiant immigré, n’a pas les moyens de jouer les bohèmes pendant 2 ou 3 ans et doit impérativement réussir son insertion professionnelle. C’est une question vitale pour lui.

Cette approche n’aime pas le mot sélection. Mais c’est seulement un vilain mot pour dire orientation. Comment ses défenseurs peuvent-ils se satisfaire d’un taux d’échec qui tutoie fréquemment les 60% en première année de licence ? Comme le soulignaient les sociologues de l’éducation Marie Duru-Bellat et François Dubet dans A bas la sélection ! Misère de la critique, faire croire que l’université peut accueillir tout le monde sans aucun critère ni régulation conduit à une « sélection par l’échec » encore plus violente et socialement injuste pour les étudiants les plus fragiles. Il est parfaitement ahurissant d’entendre LFI se proposer d’abolir Parcoursup pour le remplacer par… rien. Sélectionner, ce n’est pas seulement trier : c’est aussi s’assurer que la formation dans laquelle les étudiants s’engagent correspond à leurs capacités, et ainsi les accompagner pour qu’ils puissent y réussir.

Que faire ?

Mieux accompagner les élèves, d’abord, pour que l’orientation soit le moins possible subie ou mal informée. Et la première chose à faire est de diminuer le nombre moyen d’élèves par classe, abominable en France : il faut n’avoir jamais enseigné pour croire qu’à 30 élèves par classe (moyenne française dans l’enseignement général, parmi les plus élevées de l’OCDE), on peut faire quelque progrès que ce soit. C’est un choix budgétaire constant de la France de sacrifier son éducation au profit d’autres dépenses, en particulier les retraites.

On peut jaser longtemps sur les résultats de PISA et de nombreuses pistes existent, mais il ne faut pas attendre de miracles quand la France dépense, par élève et en parité de pouvoir d’achat, 11% de moins que la moyenne de l’OCDE au primaire et 6% de moins au collège, là où tout se joue en termes d’apprentissage fondamentaux. Elle dépense à peu près pareil dans le supérieur et sensiblement plus au lycée, ce qui s’explique principalement par un nombre d’heures de cours élevé à ces niveaux et les dépenses des lycées professionnels, plus élevés qu’ailleurs. Encore faut-il nuancer ces chiffres car les dépenses de retraites des ex-enseignants sont incluses dans le budget, et ne sont par définition pas consacrées à éduquer les élèves (voir ici)

Augmenter le nombre de places dans le supérieur, ensuite. Sur les dix dernière années, le flux de bacheliers annuel est nettement plus élevé à l’augmentation des places dans l’enseignement supérieur, particulièrement dans l’enseignement supérieur public. Cela se traduit par un nombre croissant de néo-bacheliers qui ne reçoivent aucune proposition, jusqu’à 11% en Ile-de-France l’année dernière (voir ce rapport parlementaire). Gérer la pénurie n’est pas satisfaisant.

Combien faut-il d’argent ? Dans une note très récente, deux chercheuses en économie chiffrent à moins de 3 milliards l’ouverture de 120 000 places dans l’enseignement supérieur et estiment qu’il n’en coûterait rien de réduire le nombre d’élèves par classe : avec la chute démographique, il suffit de ne supprimer aucun poste et de bénéficier ainsi d’un dividende démographique qui permettrait de faire baisser de 25% le nombre d’élèves par classe en primaire. Soit l’inverse de la politique actuelle. Les deux économistes proposent d’ailleurs un très intéressant programme complet pour l’école, chiffré à 12 milliards au total. Pas une paille, mais pas une somme colossale non plus : c’est moins que l’indexation complète des retraites sur l’inflation sur une année. Elles proposent de le financer par une augmentation de l’impôt sur les patrimoines via notamment l’assurance-vie, les droits de succession et l’héritage.

On peut garder Parcoursup. Même améliorable, le système est meilleur que son prédécesseur. Le supprimer sans le remplacer ne ferait du bien à personne, et sûrement pas aux étudiants dans l’illusion que tout le monde peut faire un BUT GEA, aller à Science Po ou à Assas. La plateforme n’est qu’un symptôme de difficultés structurelles qu’on a évoqué au long de ces deux articles.

Du reste, l’éducation n’est pas qu’un mariage entre un projet d’orientation et une place dans une formation : c’est aussi une question macroéconomique. On peut soutenir que, dans la situation économique actuelle, la France a besoin de former plus d’ingénieurs et moins de philosophes. Il ne s’agit pas se lancer dans la rhétorique réactionnaire consistant à mépriser les sciences humaines. Mais de s’interroger sur les volumes : en 2025 d’après l’INSEE, les étudiants français en arts, lettres et sciences humaines représentaient 30% des inscrits en faculté et quasiment 20% du total de tous les étudiants. En comparaison, les ingénieurs étaient respectivement 2% et 6%, les formations en économie 13% (même en incluant les écoles de commerce), les études de santé 15%, même en incluant les écoles paramédicales. Autrement dit, la France forme plus d’étudiants en arts, lettres et sciences humaines que dans tout autre champ disciplinaire. Or on sait parfaitement que ces formations conduisent à, quelques exceptions près (l’enseignement), à une insertion plus difficile sur le marché du travail, à des salaires plus faibles, ou, ce qui est le plus courant, à occuper un emploi ayant peu de rapport avec sa formation initiale, ce qui constitue un gaspillage d’argent public.

Je ne sors pas cela de mon imagination : le même rapport parlementaire cité plus haut consacre un long développement chiffré à la situation de la licence en psychologie, une formation très demandée où les étudiants n’ont qu’une vague idée des débouchés réels (qui sont limités après une licence)  et des exigences de ces études, au point que près d’un tiers envisage d’arrêter pour des raisons de santé mentale : qui peut s’en satisfaire ?

Une société moderne a bien sûr besoin d’historiens, de sociologues et de philosophes. Mais certainement pas dans ces proportions. Je ne partage pas la vision de l’éducation-bohème : prolonger les études sans garantie d’emploi qualifié en rapport avec ces compétences n’est bon ni pour l’Etat qui finance les études, ni pour les étudiants qui y perdent des années et parfois leur santé mentale. Le secondaire est fait pour la culture générale. A l’université, nous avons besoin de débouchés clairement identifiables.

Source 

 

dimanche 18 octobre 2026

Le 17 octobre 2026 : questions

 Le 17 octobre 2026

Question 1 : Pourquoi le gouvernement a-t-il (commandité) laissé faire la casse et le pillage ?

Question 2 : Pourquoi ne pas retrouver les assaillants alors qu’ils avaient tous, ou presque (hormis peut-être les kapos du gouvernement), des téléphones portables géolocalisables et qu’ils vont publier leurs exploits sur les réseaux sociaux ?

 image générée par IA

mardi 29 septembre 2026

Quels seraient les scénarios d’une crise de la dette française ?

 Publié par Philippe Herlin 24 sept. 2026 

 

L’inquiétude monte autour de la dette française : hausse des taux d’intérêt, creusement du spread avec l’Allemagne, envolée de la charge de la dette, déficit budgétaire massif, paralysie politique… Tous les indicateurs sont au rouge. Soit. Mais essayons de voir plus loin et posons-nous la question : à quoi pourrait concrètement ressembler une crise de la dette française ?

Elle n’est certes pas inévitable, mais sa probabilité augmente dangereusement. Autant envisager les différents scénarios afin de mieux s’y préparer, le cas échéant. Imaginons que les taux d’intérêt sur la dette française explosent, que son refinancement devienne de plus en plus difficile et que les investisseurs s’en détournent : que se passerait-il ?

Historiquement, lorsqu’un pays se retrouve en situation de faillite et veut éviter l’effondrement complet, il peut faire appel au Fonds monétaire international (FMI). L’institution lui apporte alors de l’argent frais en échange d’une sévère cure d’austérité et de réformes structurelles. Mais comme la France est dans l’euro, la Banque centrale européenne (BCE) interviendrait également. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit lors du sauvetage de la Grèce en 2010-2012 : les deux institutions sont intervenues conjointement.

Son appartenance à l’euro donne cependant à la France une sorte de dissuasion du faible au fort. Paris pourrait dire à la BCE : « Aidez-moi, parce que si je fais faillite, c’est toute la zone euro qui explose. » Mais la France ne devrait pas trop jouer à ce jeu-là, car la BCE pourrait lui rétorquer : « Très bien, je n’achète pas votre dette. Et dans quelques mois, vous ne pourrez plus financer normalement les salaires des fonctionnaires, les prestations sociales et les retraites. »

Un plan de renflouement serait-il à prévoir ? C’est peu probable, car il faudrait trouver des centaines de milliards d’euros, que l’Allemagne et les pays bien gérés devraient avancer. Les proportions ne sont en effet pas du tout les mêmes : la dette publique grecque se situait autour de 350 milliards d’euros ; la dette française, c’est dix fois plus, à plus de 3 500 milliards d’euros. Tout juste pourrait-on compter sur un prêt du FMI d’un montant limité.

Une restructuration de la dette — autrement dit, un défaut partiel — serait-elle envisageable, comme pour la Grèce à l’époque, lorsque les banques privées avaient dû accepter une décote de plus de 50 % sur leurs créances ? Rien n’est moins sûr. La dette grecque ne représentait qu’une ligne relativement limitée dans le bilan des grandes banques européennes ; il en va tout autrement de la dette française. Une restructuration pourrait provoquer un effet domino et déstabiliser l’ensemble du système bancaire européen.

Et puis il faudrait renflouer les banques et les compagnies d’assurance françaises, qui détiennent d’importants volumes de dette publique dans leurs bilans — mais avec quel argent ? — tout en limitant probablement les retraits bancaires face à l’inévitable panique qui s’emparerait d’une partie de la population. Enfin, les investisseurs étrangers, notamment hors d’Europe, lésés par ce haircut risqueraient de se détourner de la dette française, voire plus largement des actifs libellés en euros. Une menace que les pays de la zone euro chercheraient à éviter à tout prix.

Ni renflouement massif, ni restructuration : l’ajustement se ferait alors probablement de deux façons. En interne, par un plan d’austérité d’une sévérité jamais vue en France ; à l’extérieur, avec la planche à billets de la BCE, qui achèterait une partie de la dette française dont plus personne ne voudrait plus. Les deux iraient certainement de pair. Il ne serait pas question de simplement monétiser la dette pour permettre à l’État de continuer à dépenser sans douleur : l’Allemagne, mais aussi les autres pays européens excédés par le laxisme budgétaire français, pousseraient la BCE à exiger d’importantes contreparties.

On ne parlerait plus d’indexation des retraites, mais potentiellement de coupes de 20 ou 30 %, et probablement de mesures comparables sur les salaires des fonctionnaires et certaines prestations sociales, auxquelles s’ajouteraient une forte hausse de la TVA et de divers impôts et taxes. Une ponction sur l’épargne, éventuellement présentée sous la forme d’un « emprunt obligatoire », pourrait également être envisagée : ce serait « l’innovation » par rapport au cas grec, l’État ayant immédiatement besoin d’argent frais. Le gouvernement promettrait sans doute un « rattrapage lorsque la situation s’améliorera ». Peu de monde y croirait.

Un vaste programme de privatisations serait également lancé. Pas nécessairement une mauvaise chose en soi, mais la précipitation amènerait à brader les actifs. L’effet récessif de l’ensemble de ces mesures serait considérable et le PIB chuterait brutalement.

En somme, la situation serait pire que celle de la Grèce, qui avait bénéficié de plans d’aide massifs — une centaine de milliards d’euros, soit environ un tiers de sa dette — et a malgré tout subi un effondrement de son PIB. Pour la France, la potion serait particulièrement amère. Et la crise financière et économique se transformerait immédiatement en crise politique majeure, dont il serait bien difficile de prévoir l’issue…

Source :  https://or.fr/actualites/quels-seraient-scenarios-crise-dette-francaise-3756

 L'exemple de la Grèce est édifiant :

Lire : La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe écrit en 2010.

jeudi 17 septembre 2026

mercredi 16 septembre 2026

Vendre l'or de la Banque de France

 Il est à noter que Nicolas Sarkozy a fait vendre 589,2 tonnes d'or de la Banque de France entre 2004 et 2009, à l'époque où il était ministre de l'Économie puis président de la République et ce pour un montant dérisoire d'environ 4,67 milliards d'euros.

 


L'or de la Banque de France pour rembourser la dette publique ?

Personne n’en a encore parlé, mais anticipons la question. Comme nous sommes plongés dans la campagne pour l’élection présidentielle et que les idées que nous qualifierons d’« originales » commencent à affluer, mieux vaut prendre les devants.

Considérons ainsi celle proposée par Jean-Luc Mélenchon — et également défendue par plusieurs économistes — qui consiste à annuler la portion de la dette de l’État détenue par la Banque centrale européenne (BCE), concrètement par la Banque de France (20% de la dette totale), dans le cadre du Quantitave easing au moment du Covid, mais qui avait commencé avec la crise des subprimes et la crise grecque. Une dette acquise par une Banque de France qui appartient à 100% à l’État. C’est donc, en quelque sorte, de l’argent que l’État se doit à lui-même. En conséquence, d’un point de vue purement comptable, il pourrait être tentant de la supprimer d’un trait de plume — même si la BCE s’y opposerait. La Banque de France enregistrerait alors une perte, mais une banque centrale peut fonctionner avec des capitaux propres négatifs.

Le véritable risque serait ailleurs : la confiance. Car si c’est aussi facile, pourquoi ne pas recommencer ? Créons de nouvelles dettes, faisons-les intégralement acheter par la Banque de France et, dans quelques années, supprimons-les à nouveau ! La planche à billets tournerait alors à plein régime, l’inflation risquerait de s’envoler et les investisseurs étrangers de fuir la dette française, provoquant une explosion des taux d’intérêt.

De là à ce qu’un candidat propose de vendre l’or de la Banque de France pour rembourser — en partie — la dette publique, il n’y a qu’un pas. Alors répondons tout de suite (spoiler : c’est niet).

Il faut rester vigilant. En 2019 nous avions signalé un risque de remise en cause de la sanctuarisation des 2 437 tonnes d’or de la Banque de France par Sylvie Goulard, ancienne ministre propulsée seconde sous-gouverneure, à l’occasion d’un accord signé avec JP Morgan. L’or devait alors être « mobilisé » pour garantir des swaps or contre devises et des opérations de leasing d’or. On n’en parle plus beaucoup depuis, et Sylvie Goulard a quitté l’institution.

Ces 2 437 tonnes d’or valent, au cours actuel, environ 300 milliards d’euros. Soit moins d’un dixième de la dette publique, qui atteint 3 536 milliards d’euros. La vente n’aurait donc qu’un impact limité sur l’endettement total. Rien que cet argument devrait suffire à remiser cette idée aux oubliettes.

Mais d’autres arguments peuvent être avancés. Le gouvernement n’a tout simplement pas le droit de « piocher dans le bilan de la banque centrale pour combler ses déficits. Une telle opération constituerait un financement direct de l'État par l'institut d'émission – l'équivalent moderne de la "planche à billets" –, une pratique strictement interdite par l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne », comme l’explique La Tribune.

En outre, poursuit l’article, « une telle vente serait interprétée par les investisseurs internationaux comme un aveu de détresse financière. La prime de risque française s'envolerait aussitôt sur les marchés obligataires, augmentant le taux des nouvelles adjudications d'OAT et alourdissant d'autant la facture des coupons d'intérêts. » La charge de la dette étranglerait alors encore davantage la France, comme nous l’avons récemment expliqué.

Et nous signons des deux mains la suite de l’article : « l'or physique constitue un actif souverain sans risque de contrepartie. Il ne dépend de la solvabilité d'aucun gouvernement étranger ni d'aucun système bancaire tiers. En période de crise géopolitique majeure, d'hyperinflation ou d'instabilité monétaire globale, le métal précieux demeure l'ultime garantie de dernier ressort reconnue internationalement. Séparer le pays de son patrimoine stratégique détruirait sa signature extérieure et sa réserve d'ultime secours face aux secousses financières mondiales. Vendre l'or de la Banque de France reviendrait en somme à liquider les bijoux de famille pour régler une échéance courante : l'opération ne résoudrait rien au déficit structurel des finances publiques, tout en privant la nation de sa garantie souveraine. »

Bref, une idée aussi stupide que de vendre La Joconde ou la tour Eiffel pour réduire la dette publique. Trouvez autre chose, Mesdames et Messieurs les candidats !

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée à condition qu’elle contienne tous les liens hypertextes et un lien vers la source originale.

 

mardi 15 septembre 2026

Le wokisme à l'Université

 Cette vidéo de 2019 se déroule aux États-Unis, mais en France cela arrive à grands pas.

 

 

lundi 14 septembre 2026

Quand la gauche collaborait 1939 - 1945

 Un peu d'Histoire pour remettre les pendules à l'heure

Talence le 21/10/2026 

Lien vers la vidéo 

 

Après la défaite de 1940, beaucoup d'hommes de gauche, aveuglés par leur pacifisme et leur anticommunisme, se fourvoient dans la Collaboration.
Les plus modérés soutiennent la politique de Collaboration de Vichy, comme l'ancien ministre du Front Populaire, Charles Spinasse. La Révolution Nationale est d'ailleurs mise à l'oeuvre par de nombreux fonctionnaires de tendance radical-socialiste.
Mais c'est à Paris que se regroupent les collaborationnistes partisans les plus durs de l'Allemagne. Deux grands partis à la solde des allemands émergent de ce petit monde : le premier est le PPF de l'ex-communiste Jacques Doriot, le second celui du néo-socialiste Marcel Déat.
L'ancien pacifiste Jean Luchaire, patron de presse et personnage incontournable du monde de la nuit parisienne, festoie avec les officiels allemands.
A des milliers de kilomètres de la capitale, en Biélorussie, le jeune Marc Augier, ancien membre du gouvernement du Front Populaire, se bat désormais aux côtés des troupes du Führer après la rupture du pacte germano-soviétique en 1941.
A la Libération, les collabos sont traqués et jugés. Ceux qui échappent à la justice se font oublier ou, comme Marc Augier, inspirent une nouvelle extrême-droite qui se reconstitue dans les années 60.

(Source du texte et de l'image) 

 

vendredi 11 septembre 2026

Le Klimastan

 En faisant le ménage sur mon PC, j'ai retrouvé un papier (sans prétention) écrit il y a quelques années portant sur la politique du consensus minimal. 

Le Klimastan 

Décidément la vie est pleine de surprises… Hier, en allant acheter ma baguette de pain à 1 €, je suis tombé sur Léon, un ami de trente-deux ans. Léon revient d’une contrée lointaine : le Klimastan.

Devant un café (accompagné d’un verre d’eau), Léon m’a dressé un portrait de cette région et de ses habitants.

Fait original, là-bas, le climat est déterminé et géré par deux personnes indépendantes des partis politiques : Mesdames Mait et Oh. Les deux grands partis politiques locaux : le « Hot » qui représente les gens d’en haut et le « Bat » qui défend les intérêts des gens du bas de l’échelle adressent des vœux à Mesdames Mait et Oh pour le climat à venir. Ces vœux doivent faire l’objet d’un consensus entre les deux partis théoriquement opposés.

Devant mon incrédulité, Léon m’a donné l’exemple du consensus sur la demande de climat pour l’été prochain que je reprends in extenso.

Consensus du Hot et du Bat sur le climat pour l’été prochain à l’attention de Mesdames Mait et Oh

Principalement située sur la façade maritime de notre région, l’industrie touristique fait vivre de nombreuses entreprises qui emploient un nombre important de salariés. Il conviendrait que nous ayons un été chaud et ensoleillé pour que les touristes puissent pleinement profiter des activités qui leur sont proposées.

L’agriculture est aussi un secteur majeur de notre économie. Pour obtenir de bonnes récoltes, afin d’éviter toute crise alimentaire génératrice d’inflation, les agriculteurs souhaitent un été pas trop chaud et assez pluvieux (mais pas trop quand même !).

Le secteur de l’énergie ne peut être ignoré : les propriétaires de champs d’éoliennes réclament un été venté (mais pas de cyclones !), à défaut, on pourrait craindre des coupures d’électricité nuisibles à l’activité économique.

La population du massif de l’Hymne-a-laya, qui a été rattaché à notre région lors du dernier redécoupage territorial, réclame un été plutôt froid, avec quelques chutes de neige en haute altitude (mais pas de brouillard tenace !), afin de permettre aux skieurs d’été de s’adonner pleinement à leur sport.

            Il serait inadmissible que l’industrie touristique en arrive à licencier, que la pénurie agricole engendre une hausse des prix nuisible au pouvoir d’achat des plus pauvres, que l’on subisse des coupures d’électricité, que la population de l’Hymne-a-laya, déjà touchée par un séisme, ne puisse bénéficier des revenus apportés par les skieurs.

En conséquence, nous, élus du « Haut » et du « Bas », émettons le vœu consensuel d’un été chaud mais aussi froid, ensoleillé mais pluvieux et venté juste ce qu’il faut.

jeudi 3 septembre 2026

France : rompre la béquille des dons privés

 France : rompre la béquille des dons privés

Bernard Conte

Talence le 03/09/2026

 Introduction

À l’instar de nombreux pays, la France se trouve sous l’emprise d’un système d’exploitation de domination et de contrôle piloté par l’État profond[i] (ou le gouvernement profond) au confluent d’un type de capitalisme associé à une forme particulière de pseudo-démocratie.

 Capitalisme de « copinage » et démocratie des « coquins »

Le système repose sur une combinaison de capitalisme et de démocratie. D’une part, le capitalisme de « copinage » organise la collusion entre acteurs privés et acteurs publics en vue de créer et d’accaparer des rentes. D’autre part, la pseudo-démocratie[ii] caractérisée par un bipartisme de « connivence » a pour but de « forcer » l’adhésion des masses populaires et des classes moyennes au système. Capitalisme de copinage et pseudo-démocratie sont intimement imbriqués et pilotés par l’État profond[iii].

 La crise économique et sociale menace le système

Depuis une dizaine d’années, la crise économique et sociale s’accentue. Le défaut de croissance menace la distribution de rente car le gâteau à partager ne grandit plus, voire se rétrécit. Dans ce contexte, il devient de plus en plus difficile pour les gouvernants de satisfaire les exigences de leurs sponsors (suzerains) tout en maintenant la paix sociale. En effet, les impératifs de la distribution de rente aux sponsors impliquent notamment la mise en œuvre de politiques de rigueur salariale, d’augmentation de la fiscalité pour les classes moyennes et inférieures, de privatisation d’entreprises et de secteurs publics rentables[iv]… 

 La contestation monte mais reste inefficace

Le mécontentement et la contestation montent mais rien ne change car les mouvements contestataires sont durement réprimés et l’opinion publique largement manipulée. Le système est verrouillé par la pseudo-démocratie du bipartisme de connivence[v]. Nombreux sont ceux qui proposent de réformer le fonctionnement de la démocratie. Changer la Constitution, reconnaître le vote blanc, tirer au sort les représentants, exiger un mandat unique… sont de bonnes idées qui n’ont aucune chance d’être mises en œuvre par ceux qui seraient menacés par ces mesures. Dans le cadre institutionnel actuel, il est vain d’espérer une refondation. La table rase apparaît comme le seul espoir mais sa réalisation comporte des risques que la majorité refuse d’assumer dans la réalité (les réseaux sociaux n’étant que des exutoires sans réel danger pour le système).

 Pour une révolution non violente, au moins au départ

L’expérience montre que les manifestations de masse (retraites en 2010, gilets jaunes en 2018, mouvement des agriculteurs en 2024), les pétitions, le vote (référendum sur l’Europe en 2005)… restent sans effets et peu de gens sont prêts à descendre dans la rue les armes à la main ou encore à manifester violemment.

Néanmoins, la nécessité du changement implique une réflexion sur l’utilisation des degrés de liberté existant encore pour la population. Du fait du flicage, de l’état d’urgence, de l’apathie, du consumérisme… les marges de manœuvre se réduisent toujours plus.

 Les béquilles sont indispensables au fonctionnement du système

Il subsiste certains domaines dans lesquels des actions sont susceptibles d’insérer des grains de sable dans les rouages bien huilés du système et conduire à sa paralysie, prélude à sa refondation.

En dépit de la crise, de la dégradation du pouvoir d’achat, des conditions de vie… le système continue à fonctionner, tant bien que mal, grâce à la générosité populaire : dons privés (financement additionnel pour l’État), travail gratuit (bénévolat)… constituent des béquilles indispensables à la bonne marche du système.

La suppression de ces béquilles, couplée à d’autres actions[vi], apparaît en mesure de générer rapidement des turbulences et des blocages au sein de la société vacillante. Cette démarche se présente comme un puissant catalyseur pour un soulèvement apte à mettre fin au système néo-féodal et à produire une réinitialisation. Contrairement aux manifestations de rue par exemple, les autorités ne seront pas en mesure de réprimer les actions non violentes. 

La béquille des dons

Nous aborderons ici le sujet des dons[vii] en France. Outre leur montant non négligeable, les dons privés revêtent une importance particulière pour le système. Ce qui explique le régime fiscal avantageux auquel sont soumis les dons aux organismes sélectionnés par l’État. De la sorte, la puissance publique oriente les flux financiers vers les secteurs et les causes choisis. Cela autorise son désengagement partiel ou total de certains domaines. De plus, la mobilisation organisée ou relayée par l’État autour de causes à défendre et à financer permet de forger l’opinion publique, les esprits, les comportements[viii]… pour une plus forte adhésion au système. 

Ainsi, l’évolution de la béquille des dons est envisagée la période 2015–2025. En examinant successivement le secteur caritatif majeur, les institutions cultuelles (notamment les Églises catholique et protestante) et le financement des partis politiques, nous mettons en évidence une transformation structurelle profonde. Malgré l’érosion continue du nombre total de contributeurs individuels, le volume total des ressources collectées a connu une croissance soutenue en valeur nominale, portée par une hausse substantielle du don moyen, l’adoption massive du prélèvement automatique et des dispositifs d'incitation fiscale[ix].

Les dons, plus que de simples apports

En 2015, les données de référence indiquaient qu'un montant de 1,2704 milliard d’euros avait été collecté par un échantillon de 145 grandes associations d'intérêt général. Parallèlement, les Églises chrétiennes (catholique et protestante) rassemblaient environ 0,5 milliard d’euros de dons, tandis que l’ensemble des partis politiques reconnus bénéficiait de 94 millions d’euros de recettes privées directes (dons et cotisations). Une décennie plus tard, la reconfiguration du paysage économique et fiscal français invite à réévaluer la portée de ces flux.

Les dons privés ne constituent plus de simples apports d'appoint ou des ressources résiduelles. Ils s’affirment désormais comme des moteurs macro-économiques essentiels assurant la pérennité financière et l'autonomie opérationnelle de nombreux services d'intérêt général, de l'action sociale à la représentation démocratique en passant par le maintien du patrimoine cultuel.

L’évolution des flux de 2015 à 2024-2025

Le tableau ci-dessous présente la progression nette des montants collectés selon les trois grands périmètres institutionnels observés.

Périmètre Institutionnel

Données 2015

Données Actualisées
(2024–2025)

Analyse Socio-Économique

Grandes Associations Caritatives
(Périmètre France Générosités)

1,2704 Md €
(145 org.)

3,20 Mds €
(Panels consolidés)

Croissance annuelle moyenne de +3,5% à +4,5%. Digitalisation accrue des appels à générosité et montée du prélèvement récurrent.

Générosité Privée Globale
(Particuliers, total national)

~4,00 Mds €

5,40 Mds €
(Dons déclarés)

Augmentation forte de la valeur nominale du don moyen. Concentration accrue des contributions sur les ménages à plus hauts revenus.

Institutions Cultuelles
(Église Catholique & Églises Protestantes)

~0,50 Md €

~0,825 Md €
(Recettes globales)

Hausse marquée du don moyen au Denier du Culte compensant la baisse démographique progressive des fidèles pratiquants réguliers.

Partis Politiques
(Recettes privées hors campagnes)

94,0 M€

~105,0 à 110,0 M€
(Cotisations & dons)

Fragmentation du paysage politique (multiplication des micro-partis) et maintien du plafonnement légal strict des dons (7 500 €/personne).

Tableau : Comparaison synoptique des montants annuels collectés par grands secteurs institutionnels en France (Sources : France Générosités, CEF, CNCCFP)[x].

L’évolution par secteur

Le secteur associatif et caritatif d’intérêt général : Le passage de 1,27 milliard d'euros (2015) à plus de 3,2 milliards d'euros (2024–2025) pour le panel des grandes associations témoigne d'une professionnalisation accrue des techniques de collecte (fundraising) et d’un basculement sociologique vers le don mensualisé. Les dispositifs de défiscalisation (article 200 du CGI à 66%, et amendement « Coluche » à 75%) continuent de jouer un rôle de levier incitatif majeur.

Les institutions cultuelles[xi] : Pour l’Église catholique en France, les dons privés (Denier du culte, quêtes, casuel, offrandes de messe et legs) constituent la quasi-totalité de ses ressources d'exploitation, l’État ne subventionnant aucun culte en vertu de la loi de 1905 (hors régime concordataire d'Alsace-Moselle). Les recettes globales directes du Denier et des contributions de fidèles se situent aujourd’hui autour de 825 millions d’euros par an, montrant une forte résilience financière en dépit de l’érosion du socle des pratiquants réguliers.

La vie politique et démocratique : Le financement privé des partis politiques demeure très encadré par la loi relative à la transparence financière de la vie politique. Les recettes privées annuelles de fonctionnement (hors dotations publiques annuelles d'État de 66 millions d’euros et remboursements de campagne) oscillent entre 105 et 110 millions d’euros. On observe une extrême sensibilité de ces montants au calendrier électoral, avec des pics d'engagements lors des années de scrutin présidentiel ou législatif.

L’utilisation des dons

Les fonds collectés sont répartis entre plusieurs grandes causes, l’action sociale et médicale en mobilisent la majeure part. Par ordre décroissant des financements reçus, les secteurs d’intervention sont les suivants :

  •     Le social et la lutte contre la pauvreté comprenant (i) la lutte contre la précarité, (ii) la protection de l’enfance et (iii) le grand âge et le handicap. La santé et la recherche médicale : (i) le financement de la recherche (cancer, maladies rares, neurodégénératives), (ii) l’équipement des hôpitaux et l’amélioration des conditions d’accueil des malades. 
  •  L'humanitaire et la solidarité internationale capte une part importante des fonds, mais reste très sujet aux pics d'actualité (crises géopolitiques, catastrophes naturelles). Il comprend : (i) l’urgence et la santé : Soins médicaux et secours immédiats, (ii) le développement à long terme : Accès à l'eau potable, souveraineté alimentaire et éducation dans les pays du Sud.
  • La protection de l'environnement et de la cause animale, en forte progression ces dernières années, notamment auprès des jeunes donateurs : (i) la cause animale : refuges, stérilisation, lutte contre la maltraitance, (ii) l’écologie et biodiversité : préservation des espèces et des écosystèmes.
  • L’éducation, la culture et la recherche académique. Ce secteur est particulièrement financé par le mécénat d'entreprise et les grands donateurs (grâce aux fondations d’entreprises ou universitaires). 
  • La culture et le patrimoine : Restauration de monuments (ex. Notre-Dame de Paris), soutien aux musées et au spectacle vivant.

 Répartition indicative des volumes collectés

D’après les données de France générosités, les secteurs récepteurs des sommes collectées par les grandes associations sont les suivants :

Pôle d'action

Part estimée du volume des dons

Social, Précarité & Santé/Recherche

~ 55% à 60%

International & Urgence humanitaire

~ 15% à 20%

Environnement & Cause animale

~ 10% à 12%

Culture, Éducation & Autres

~ 10%

 Conclusion

Au total, ce sont environ 9,5 milliards d’euros qui servent principalement à colmater les brèches sociales et politiques laissées par un État dont la défaillance est organisée par le système. 

Il est à noter que ces dons transitent par des organismes qui décident souvent unilatéralement de l’affectation des fonds sans réelle concertation avec les donateurs. Les destinataires peuvent ne pas être ceux souhaités initialement par les donateurs. C’est la différence entre l’aide bilatérale qui s’effectue directement du donateur au récipiendaire et l’aide multilatérale indirecte qui transite par un organisme (association ou autre). L’une est transparente tandis que l’autre peut se révéler teintée d’opacité.

Stopper les dons, c’est insérer des grains de sable dans les rouages de cette machine infernale.

Il est évident que le tarissement des dons aura des implications douloureuses dans de nombreux secteurs mais son avantage sera de révéler au grand jour les déficiences de l’État. En effet, même si le montant des dons reste marginal par rapport à la globalité des financements, leur arrêt produira le même effet que de décoller les rustines d’une chambre à air : tout s’échappera sans retour possible.

Coupler cette action à l’arrêt du bénévolat, à l’arme de la consommation[xii] (boycott) et à la désobéissance civile révèlera au grand jour la vraie nature du système d’exploitation et de contrainte au service du capitalisme de connivence qui gère la démocratie des copains et des coquins.

Cette prise conscience, en ravivant les rancœurs au sein de la majorité de la population, constituera un prélude à des actions plus dynamiques et plus coordonnées.


[i] A propos de l’État profond, voir Peter Dale Scott, L’État profond américain. La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle, Plogastel Saint-Germain, Éditions Demi-Lune, 2015. « Le gouvernement profond part du principe qu’il n’existe pas un « État dans l’État », qui agirait à l’insu des citoyens. Il suggère plutôt l’idée que les décisions, dans nos démocraties, sont prises selon des processus complexes, informels, non structurés, mais capables d’orienter les décisions officielles ou de se substituer à elles. Le principe du gouvernement profond est de confier la conduite de la société à une élite qui dispose des moyens d’exercer une influence déterminante sur les décisions collectives. » En savoir plus sur http://reseauinternational.net/quappelle-t-on-le-gouvernement-profond/#MId6cdxudBJlRyfG.99 Les notions d’État profond et de gouvernement profond sont assez proches, l’une étant plus formelle que l’autre, mais le résultat reste identique.

[ii] Bernard Conte, « Le néolibéralisme et l’illusion démocratique », Le Grand Soir, 6 novembre 2011, http://www.legrandsoir.info/le-neoliberalisme-et-l-illusion-democratique.html

[iii] Lire : Bernard Conte, « La démocratie de connivence et l’anéantissement de la France », https://www.legrandsoir.info/la-democratie-de-connivence-et-l-aneantissement-de-la-france.html

[iv] Lire : Bernard Conte, « Le dualisme des saigneurs », http://www.comite-valmy.org/spip.php?article3469

[v] Ce bipartisme : droite molle et gauche caviar n’est qu’une façade, il s’agit en réalité d’un parti unique.

[vi] D’autres actions non justiciables liées à la consommation (boycott…), désobéissance civile…

[vii] Les autres thèmes et notamment le bénévolat seront abordés dans un article ultérieur.

[viii] Cf. le Téléthon, les pièces jaunes… Lire par exemple : Bernard Conte, « Le système, l’opinion publique et les grandes causes », https://www.legrandsoir.info/le-systeme-l-opinion-publique-et-les-grandes-causes.html 4 juillet 2019.

[x] [CNCCFP (2025). Rapport d’activité et comptes consolidés des partis politiques pour l’exercice 2024. Journal Officiel. Conférence des Évêques de France (2024). Rapport financier annuel de l'Église Catholique en France : ressources et dépenses des diocèses. France Générosités (2025). Baromètre de la générosité en France : analyse des collectes et comportements des donateurs. Recherches & Solidarités (2024). La générosité des Français : bilan des dons déclarés à l'administration fiscale. 29e édition.

[xi] Les dons aux institutions musulmanes ne sont pas traités ici. Comme le signale un rapport de l’Assemblée nationale de 2021 : « On ne sait rien sur les chiffres. Ce n’est pas faute de les avoir demandés. Nous ne connaissons pas non plus le montant des dons aux mosquées. L’essentiel du financement des mosquées repose sur les dons. Ces derniers représentent 250 à 300 millions d’euros pour le culte musulman ». Mercredi 13 janvier 2021, séance de 17 heures, Compte rendu n° 30, Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi confortant le respect des principes de la République https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L15S2021PO779099N030.html

[xii] Ces thèmes feront l’objet de prochains articles.