mercredi 17 juin 2026

La fonction publique se nourrit de contractuels

 Fonction publique : 1,36 million de contractuels et aucun pilotage

En dix ans, la France a discrètement changé de modèle de fonction publique sans jamais en décider. La part des agents contractuels dans l'emploi public a bondi de 37% depuis 2011 pour atteindre 1,36 million de personnes.

Un rapport de la Cour des comptes rendu public le 4 juin 2026 * dresse le bilan d’une transformation massive, non anticipée, non pilotée et dont personne ne mesure encore vraiment le coût pour le contribuable.

Contractuels : une bascule subie, jamais décidée

Entre 2011 et 2024, le nombre de fonctionnaires titulaires est resté quasiment stable (-0,6%). Dans le même temps, les agents contractuels ont progressé de 37% pour représenter aujourd’hui un quart (24 %) de l’ensemble des emplois publics.

En 2024 leur nombre a encore crû de 2,6%, pendant que les effectifs de titulaires stagnaient à -0,1%. Autrement dit : toute la croissance de l’emploi public repose désormais sur les contractuels.

Ce basculement s’est produit à bas bruit, sans décision politique explicite, sans doctrine arrêtée. La Cour des comptes le dit sans détour : aucune réflexion n’a anticipé ni accompagné cette tendance. Ce n’est qu’en 2026 que la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) a inscrit le sujet parmi ses priorités…

La raison de cette progression est simple : la fonction publique n’attire plus. Les concours voient le nombre de candidats diminuer. La sécurité de l’emploi et les garanties statutaires, jadis perçues comme des avantages décisifs, ne suffisent plus à convaincre, notamment les jeunes générations et dans les métiers en tension.

Faute de titulaires disponibles, les employeurs publics recrutent des contractuels. Et comme personne ne pilote le phénomène, il s’emballe.

Contractuels : la fausse promesse d’économies

Au rythme actuel, les agents contractuels représenteront au moins un tiers des effectifs publics en 2033. Dans un scénario d’accélération, ce taux atteindrait 40%. Dans un scénario extrême, la parité entre titulaires et contractuels pourrait être atteinte.

 

Pour le contribuable, la question est celle de la masse salariale. Hors cotisations sociales des employeurs, elle atteignait 244,6 milliards d’euros en 2024. Cotisations employeurs comprises, la facture grimpe à 362,1 milliards – un écart de près de 118 milliards qui finance pour l’essentiel les retraites des fonctionnaires, dont 45,6 milliards pour les seules pensions de l’État (compte d’affectation spéciale « Pensions », 2024).

La substitution de titulaires par des contractuels, dont les salaires moyens étaient inférieurs en 2023 (2 140 euros contre 2 714 euros pour les fonctionnaires titulaires, la Cour précisant que cette comparaison « a une valeur limitée en raison des différences de postes »), pourrait théoriquement produire des économies.

La Cour les chiffre d’ailleurs : cette substitution réduirait la masse salariale publique de 0,3 % à 1,2 % sur la période 2026-2033, selon un calcul qu’elle juge « conventionnel et indicatif ».

Mais la Cour tempère aussitôt : à mesure que les contractuels occupent des postes permanents, leurs rémunérations augmentent. Et dans les métiers en tension (numérique, médical), les contractuels sont parfois mieux payés que les titulaires.

Conclusion limpide de la Cour : la contractualisation n’a pas été motivée par la recherche d’économies et elle n’en produira pas mécaniquement.

C’est une transformation structurelle que personne n’a décidée, que personne ne pilote, et dont personne ne mesure l’impact financier réel.

Cette absence totale de maîtrise des effectifs et donc du budget de l’État s’inscrit dans une démarche plus large d’absence de contrôle de la dépense publique.

Le navire France n’a plus de barreur depuis trop longtemps et dérive lentement mais sûrement vers un désastre budgétaire.

* Rapport public thématique – Évaluation de politique publique La montée en puissance des agents contractuels : une fonction publique en mutation

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