lundi 9 juillet 2012

Les connexions des patrons du CAC 40

La vidéo :

Xerfi Canal, la chaîne de la réflexion économique - Aurélien Duthoit Le pré-carré magique des patrons du CAC 40

Le texte :

Le pré-carré magique des patrons du CAC 40



Xerfi Canal présente l'analyse d'Aurélien Duthoit, directeur d'études Xerfi Global

Dans aucun autre pays, l’influence des grandes entreprises n’est aussi forte qu’en France. Ce que l’on sait moins, c’est que le paysage de ces grands groupes est dominé par un patronat tout à fait atypique. Le grand patron français-type est totalement différent de ses homologues européens.


Contrairement aux idées reçues, les patrons français sont ceux qui ont passé le plus temps dans leur groupe avant d’en prendre la direction. Il faut en effet compter presque 19 ans d’ancienneté en moyenne pour un patron français, contre 17 un Italien, 16 pour un Allemand, et même 15 pour un Espagnol. Bien sûr, à la moyenne il n’y a personne : elle comprend aussi bien les patrons parachutés que les patrons qui n’ont connu qu’une seule entreprise dans leur vie. D’un côté, nous avons Stéphane Richard de France Telecom ou François Pérol de BPCE, tout deux arrivés pratiquement directement à la tête de leurs groupes. A l’opposé du spectre, Serge Kampf créa en 1967 ce qui devint Capgemini, tandis que Christophe de Margerie entra débutant à Total dès 1974 avec son diplôme d’ESCP en poche. Martin Bouygues, lui, est entré dans le groupe fondé par son père en 1974, sans diplôme, et comme conducteur de travaux. Malgré quelques exceptions, la France est bel et bien le grand pays d’Europe où les parachutages au sommet, parfois en provenance directe des cabinets ministériels sont les plus fréquents.


Les vase-communiquants entre milieux d’affaires et milieux politiques sont une autre tradition très française. Il ne faut pas se voiler la face, ces accointances existent partout. Seulement, elles ne s’affichent jamais de façon aussi explicite qu’en France. Nous parlions de Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, alors Ministre de l’Economie et des Finances. Nous parlions aussi de François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy. Ces exemples récents ne sont pas anecdotiques. 13 patrons du CAC 40 actuel ont, à un moment ou à un autre, pris part à des activités dans la haute sphère publique ou politique, comme conseiller, chargé de mission ou même directeur de cabinet. C’est absolument sans équivalent en Europe.


Si politique rime avec grandes entreprises en France, cela s’explique aussi parce que politiques et grands patrons ont fréquenté les mêmes cénacles de formation des élites. C’est là encore une particularité française : on compte ainsi, sur 40 patrons, 12 énarques, 12 polytechniciens et 10 HEC, et 5 Sciences Po. Ce quasi monopole de certaines grandes écoles parisiennes est là encore absolument sans égal en Europe. On trouve ailleurs certaines tendances similaires, comme les anciens d’Oxford et de Cambridge au Royaume-Uni, ou les anciens ingénieurs diplômés des universités de Munich en Allemagne. Mais nulle part ailleurs une ville et un carré d’écoles ne disposent d’une telle influence.


En continuant l’analyse, on constate également le culte du cumul de diplômes en France. Plusieurs grands patrons détiennent au moins deux prestigieux sésames, et quelques diplômes additionnels. Là où plus de 80% des patrons allemands n’ont qu’une seule formation sanctionnée par un diplôme, souvent en sciences de l’ingénieur, les patrons français empilent les titres, et dix huit d’entre eux disposent de deux diplômes minimum. Parmi les circuits préférentiels, les combinaisons HEC/Sciences-Po/ENA et Polytechnique/ENA sont les plus privilégiées. C’est la voie choisie par exemple par Henri de Castries, patron d’Axa, diplômé en droit, d’HEC et ancien de l’ENA. Gérard Mestrallet, à la tête de GDF Suez, est lui ancien de Polytechnique, de l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile et de l’ENA, avec en plus un petit Sciences Po Toulouse. On compte également de très nombreux X-Mines comme Philippe Varin de PSA ou Carlos Ghosn de Renault.


Il y a encore beaucoup plus étonnant : les grands patrons français sont parmi leurs homologues occidentaux ceux dont la formation initiale en finance et gestion d’entreprises est la plus rare : 20% seulement d’entre eux disposent d’un diplôme dans ce domaine. C’est peu comparé aux 50% que l’on trouve en Italie ou au Royaume-Uni. C’est également moins qu’en Allemagne, où ce sont par ailleurs les ingénieurs et les chercheurs qui tiennent le haut du pavé. Près de 40% des patrons du DAX sont ainsi titulaires d’un doctorat, à l’image de Martin Winterkorn, patron de Volkswagen.


Cette appétence des grands groupes pour les super-diplômés disposant de réseaux et d’entrées dans la sphère publique explique bien leur influence dans la vie économique et politique française. Mais ces profils sont bien sous-représentés parmi les fondateurs d’entreprises, les développeurs de PME et d’entreprises de taille intermédiaires.

Aurélien Duthoit, Le pré-carré magique des patrons du CAC 40, Xerfi Canal
"Faire vivre la politique et non pas faire de la politique pour en vivre"...

1 commentaire:

  1. Comme quoi nous avons beaucoup à apprendre des patrons du cac 40 !!
    Super article merci !

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