vendredi 18 décembre 2015

Bernard Conte : commentaires sur les orientations budgétaires 2016 de la ville deTalence



Emmanuel Sallaberry a présenté les orientations budgétaires 2016 pour la ville de Talence

"Ce débat [sur les orientations budgétaires] permet à l’assemblée délibérante 
-  de discuter des orientations budgétaires de l’exercice et des engagements qui préfigurent les priorités du budget primitif,
- d’être informée sur l’évolution de la situation financière de la collectivité,
- d'exposer et de partager les éléments du contexte national ou local qui président à la construction du budget."

Ci-après le commentaire de Bernard Conte :


L’impression générale dégagée par l’intervention de Monsieur Sallaberry est teintée de pessimisme et d’extrême sévérité à l’égard de nos collègues socialistes.

Cette intervention appelle plusieurs remarques :

1.      Je reconnais partager certains éléments de l’analyse de Monsieur Sallaberry, mais je trouve que le texte contient quelques approximations… Par exemple, à la page 3 du texte de Monsieur Sallaberry, à l’avant dernier paragraphe, on lit : « Tous les économistes font le même calcul : une réduction de 10% de la dette grecque aurait pour effet, l’année où elle interviendrait, d’accroître le déficit public français de 4 milliards d’euros, soit près de 0,2 point de PIB. » Ce qui me gêne, c’est l’expression « tous les économistes », après une courte recherche, il s’avère que cette phrase reprend textuellement les mots du sénateur Les républicains, Albéric de Montgolfier qui ne représente pas, loin de là, l’ensemble des économistes, d’ailleurs est-il lui-même économiste ? (source : http://www.lopinion.fr/edition/economie/pourquoi-deficit-public-restera-probablement-dessus-3-en-2017-52214 )

2.    Sur la situation mondiale, j’aurais aimé entendre une référence à la responsabilité des guerres « coloniales » qui se déroulent depuis de nombreuses années sous prétexte d’intervention humanitaire ou aux fins de liberté démocratique. Les conséquences de ces guerres se mesurent en termes de sang versé, d’accroissement de la pauvreté, de flux migratoires exponentiels et d'augmentaion massive des dépenses publiques…

3.    Concernant la situation de la France, que j’estime personnellement pire que celle décrite dans l’intervention, il me semble qu’il est bien facile de « charger » les socialistes par une analyse sans épaisseur historique. A ce propos, je saisis l’occasion de la parution, le 14 décembre, du Rapport sur le développement humain 2015 (RSDH) du Programme des nations-unies pour le développement (PNUD). Le PNUD calcule tous les ans, pour de nombreux pays, un Indice composite du développement humain (IDH) qui prend en compte la richesse par habitant (le PIB/habitant), l’enseignement-formation et la santé (espérance de vie). Le PNUD établit ensuite un classement des pays selon la valeur de leur IDH. En 1995, la France se situait au 2ème rang derrière le Canada(*). Par la suite, s'amorce une dégringolade dans le classement. Notre pays occupait le 12ème rang en 2000, puis le 20ème en 2012. Dans le rapport de 2015 qui donne les valeurs de l’IDH pour 2014, la France arrive en 22ème position derrière le Royaume-Uni, l’Islande, la Corée du Sud, Israël, le Luxembourg, le Japon, et la Belgique. Il faut rappeler que la France est censée être la 5ème ou la 6ème puissance mondiale. La dégringolade permanente dans le classement selon l’IDH, signe de la tiers-mondialisation de la France, révèle au grand jour la responsabilité des gouvernants qui se sont succédés à la tête de notre pays depuis des décennies. Le bipartisme de connivence (ou des copains) sauve peut être la République comme dimanche dernier, mais enfonce progressivement notre pays dans la misère.

4.    Nos dirigeants espèrent et attendent la croissance, panacée susceptible de régler tous les problèmes. Ils pratiquent le culte de la croissance comme les tribus océaniennes pratiquaient le culte du cargo. Pendant la deuxième guerre mondiale, les navires américains apportaient des biens manufacturés, de la nourriture… dans les îles d’Océanie. Les populations locales ignoraient tant la provenance que les processus de fabrication desdits biens. Quand les américains furent partis, les tribus, sous la conduite de quelques gourous, mirent sur pieds le culte du cargo qui, grâce à des cérémonies, des prières et toute sorte de rites, devait assurer le retour des cargos pleins de richesses. Nos dirigeants agissent de façon similaire avec la croissance. Sans doute bientôt organiseront-ils des cérémonies, des sacrifices, des périodes de jeûne… pour appeler au retour de la croissance.

5.     Pour conclure sur ce point, en tant qu’économiste, je suis très pessimiste sur l’avenir de notre pays qui fait face à une crise majeure : celle d’un système clientéliste généralisé, bientôt en cessation de paiements. La croissance, tant espérée, n’évitera pas la faillite. Seules des réformes structurelles radicales, comprenant notamment une profonde restructuration des élites, seraient en mesure de réorienter notre modèle sociétal vers le bien commun et vers le développement humain.

6.    A propos des orientations du budget de Talence :

a.     Les recettes de fonctionnement : une tendance à la baisse des recettes semble se dégager. Quel est la prévision du montant global des recettes et quelle évolution par rapport à 2015 ? Une petite remarque : le montant de la manne liée au stationnement payant (20 000 euros) apparaît bien maigre. Quel est le montant prévu des ressources générées par les amendes liées aux infractions ?
b.    Les recettes d’investissement sont exclusivement liées à la vente de bijoux de famille : les 9 090 000 € de la vente des terrains Georges Lasserre qui, selon le texte, couvriraient largement les dépenses d’investissement programmées.  Je ne partage pas cet optimisme et je crains que les investissements programmés, certes nécessaires, voient leur montant très fortement majoré notamment du fait de choix très discutables en matière de localisation et de conception.

c.     Pour conclure : l’avenir étant plutôt gris pour les finances locales, allez-vous procéder à l’augmentation des impôts locaux au-delà de celle liée à l’augmentation des bases qui est indexée sur l’inflation ? Au détour, je voudrais savoir qui, dans cette assistance, voit son salaire automatiquement aligné sur l’inflation ? 


(*) Lire un article antérieur sur ce sujet :
http://blog-conte.blogspot.fr/2013/03/la-france-en-marche-vers-le-tiers-monde.html

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