samedi 31 août 2013

Par ici La Boétie

"Il y a trois sortes de tyrans. Je parle des mauvais Princes.
 
Les uns possèdent le Royaume par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, et les autres par succession de race.
 
Ceux qui l’ont acquis par le droit de la guerre, s’y comportent, on le sait trop bien et on le dit avec raison, comme en pays conquis.
 
Ceux qui naissent rois, ne sont pas ordinairement meilleurs ; nés et nourris au sein de la tyrannie, ils sucent avec le lait naturel du tyran, ils regardent les peuples qui leur sont soumis comme leurs serfs héréditaires ; et, selon le penchant auquel ils sont le plus enclins, avares ou prodigues, ils usent du Royaume comme de leur propre héritage.
 
Quant à celui qui tient son pouvoir du peuple, il semble qu’il devrait être plus supportable, et il serait, je crois, si dès qu’il se voit élevé en si haut lieu, au-dessus de tous les autres, flatté par je ne sais quoi, qu’on appelle grandeur, il ne prenait la ferme résolution de n’en plus descendre. Il considère presque toujours la puissance qui lui a été confiée par le peuple comme devant être transmise à ses enfants. Or, dès qu’eux et lui ont conçu cette funeste idée, il est vraiment étrange de voir de combien ils surpassent en toutes sortes de vices, et même en cruautés, tous les autres tyrans. Ils ne trouvent pas de meilleur moyen pour consolider leur nouvelle tyrannie que d’accroître la servitude et d’écarter tellement les idées de liberté de l’esprit de leurs sujets, que, pour si récent qu’en soit le souvenir, bientôt il s’efface entièrement de leur mémoire.
 
Ainsi, pour dire vrai, je vois bien entre ces tyrans quelque différence, mais pas un choix à faire : car s’ils arrivent au trône par des routes diverses, leur manière de régner est toujours à peu près la même. Les élus du peuple, le traitent comme un taureau à dompter : les conquérants, comme une proie sur laquelle ils ont tous les droits : les successeurs, comme tout naturellement..."
 
"Car pour que les hommes, tant qu’il reste en eux vestige d’homme, se laissent assujettir, il faut de deux choses l’une : ou qu’ils soient contraints, ou qu’ils soient abusés..."

Étienne de LA BOÉTIE : Le discours de la servitude volontaire ou le contr'un (1549)

 

 

mardi 27 août 2013

Compte pour adultes : Tout l'or du monde

Petit compte pour adultes :
Tout l’or du monde

Il y a fort longtemps Hector Pailleur, un de mes ancêtres oriégeois, s’était procuré – on ne sait de quelle manière – des pièces d’or représentant, au total, un kilo d’or fin.

Sur la base de cet or, il eut l’idée d’accorder des prêts moyennant un taux d’intérêt de 5 pour cent l’an. Au bout d’un an, Hector Pailleur avait en sa possession 1000 + (1000 x 0,05) = 1000 (1+0,05) = 1050 grammes d’or qu’il prêta à nouveau l’année suivante, à la fin de laquelle, il se retrouva avec 1050 + (1050 x 0,05) = 1050 (1+0,05) = [1000 (1+0,05)] (1+0,05) = 1000 (1+0,05)² = 1102,5 grammes d’or. Etc.

Les descendants d’Hector continuèrent le « business », moins pénible que le labour, et qui s’apparentait à une poule aux œufs d’or.

Aujourd’hui, 386 ans plus tard, au bout de 19 générations, la descendance est en possession de 150 000 tonnes d’or, c’est-à-dire le montant total extrait de la terre depuis le début (1000 (1+0,05)386 = 150 000 000 000 grammes).

Voilà un vrai miracle, mieux que la multiplication des pains ! Les 150 000 tonnes d’or représentent en fait (moins le kilo de départ) les intérêts cumulés. Intérêts cumulés encaissés par la lignée d’Hector Pailleur et payés par des générations d’emprunteurs.

Le jeu des intérêts cumulés aboutit à concentrer la richesse entre quelques mains. Ce processus s’accélère dans le temps et conduit inévitablement à des inégalités de plus en plus criantes. La monopolisation croissante de la richesse n’est pas durable. Une « redistribution » s’impose à intervalles réguliers quand la situation devient intenable. Les monopoleurs le savent. Ils s’arrangent pour que ladite redistribution soit plus virtuelle que réelle, pour qu’elle ne soit pas durable et qu’elle préserve leurs intérêts futurs.

Quel est l’intérêt des monopoleurs ? Quel est l’intérêt de l’intérêt ? La dette étant, dans une très large mesure, le fruit des intérêts composés, faut-il la payer ?
"Faire vivre la politique et non pas faire de la politique pour en vivre"...
 

Conférence - débat : Les nouvelles gauches latino américaines

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Conférence-débat à Talence


 Les nouvelles gauches
latino américaines



Avec

Françoise Escarpit

 
Journaliste, spécialiste de l’Amérique latine


Avec cinq élections présidentielles en 2013, dont le Chili en novembre prochain, huit en 2014, et presqu’autant de législatives, le visage de l’Amérique latine est mouvant. Où en sont les grands mouvements qui l’ont modifié et l’ont-il changé de manière durable ? 

Débat animé par 

 Bernard Conte


Vendredi 13 septembre 2013

de 20h15 à 22h15

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Auditorium du Forum des Arts et de la Culture

Place Alcala de Henares – À côté de la librairie Georges

Centre ville de Talence

Tramway ligne B – station Forum
 
Contact : 06 98 52 99 78 - bconte@free.fr   
 


 

"Faire vivre la politique et non pas faire de la politique pour en vivre"...


 

lundi 5 août 2013

Faut-il changer la nature de la filiation ?

Bonjour,

La revue l’Ecologiste publie dans son numéro d’été 2013 un article d’Hervé Le Meur (à lire ici :
http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=427 ), consacré à la reproduction artificielle de l’humain (RAH), PMA en novlangue (Procréation médicalement assistée).

Cet article réussit la prouesse d’exposer en trois pages claires et concises, les enjeux liés à la nature de la filiation, et les bouleversements que la social-technocratie "post-moderne", "libérale libertaire", entend lui infliger, notamment à la suite du "mariage pour tous" (c’est-à-dire homosexuel). Haine de la nature, de tout ce qui naît, par opposition à ce qu’on fabrique. Haine de l’inné. Haine de la maternité, des mères et des pères. Biophobie et anthropophobie. Manipulations génétiques et manipulations de langage (les unes ne vont pas sans les autres). "Dérives" (prétendues dérives) eugénistes et marchandes.

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- En un mot, résuma le Directeur, les parents étaient le père et la mère. - Cette ordure, qui était en réalité de la science, tomba avec fracas dans le silence gêné de ces jeunes gens qui n’osaient plus se regarder. - La mère..., répéta-t-il très haut, pour faire pénétrer bien à fond la science ; et, se penchant en arrière sur sa chaise : - Ce sont là, dit-il gravement, des faits désagréables, je le sais. Mais aussi, la plupart des faits historiques sont désagréables.
(Le Meilleur des Mondes, A. Huxley, 1932)

*****

Entre autres obscénités, Hervé Le Meur évoque "une tendresse pour ce qui est naturel, c’est-à-dire non produit ou contrôlé par un Expert et, parfois, moins efficace, moins joli". Bizarre, comment peut-on préférer de vraies fleurs qui se fanent et pourrissent à des fleurs en plastique dont on peut acheter exactement la forme et la couleur, et qu’on n’a pas besoin d’arroser. Le plastique c’est fantastique. Il ajoute : " La nature est un impératif pour nous rappeler le principe d’altérité et nous éloigner de la volonté de toute puissance". Bioconservateur et illusoire de toutes façons. On sait bien, maintenant, que tout ce qui est imaginable, et surtout le pire, sera réalisé. Ce n’est qu’une question de temps, d’argent, d’avancée scientifique, d’éducation de la société par de scrupuleux comités d’éthique. Et puis "l’altérité", ne serait-ce pas un concept hostile à l’égalité pour tous ? Heureusement nous sommes tous de plus en plus égaux ; tous pareils ; tels des foetus en kit personnalisés. Merci Ikea ! Merci Baby World Company !

Nous mettons en garde nos lecteurs de gauche, notamment ceux du Monde, auditeurs de France Culture et France Inter, et toutes les personnes sensibles, quant au contenu de cet article. Nous leur suggérons de se réconforter ensuite par la lecture du dossier d’été de Politis, à la gloire du transhumanisme et de l’homme augmenté, bientôt issu des meilleurs utérus artificiels.

Pour ceux qui veulent comprendre la manière dont l’innovation technologique et le progrès révolutionnent nos vies, nos corps, nos rapports sociaux et jusqu’à notre idée de l’espèce humaine, voici donc ce texte intitulé :
"Faut-il changer la nature de la filiation ?"
Merci de faire circuler,
Pièces et main d’oeuvre